Archives du mot-clé Maroc

LE MOUVEMENT DU 20 FÉVRIER AU MAROC : vers une seconde indépendance ?

Laïla Mernissi

 

Résumé

Depuis les années 1970, la contestation politique au Maroc s’est affaiblie, anéantie, voire vidée de sa substance par un processus politique répressif et dépolitisant. Cependant, avec la dégradation des conditions de vie des Marocains, depuis, notamment, l’accès au trône de Mohammed VI, l’indignation sociale a retenti dans plusieurs localités du pays, se cristallisant, à terme, dans un mouvement politique englobant, celui du 20 février. Ce Mouvement, dont les revendications ne sont pas nouvelles, rappelle toute la dynamique qui est née dans les années 1940 dans un contexte de lutte pour l’indépendance du pays. Les Marocains rattraperont-ils le temps perdu, ou, plus exactement, achèveront-ils l’indépendance tant désirée par leurs prédécesseurs ? Lire la suite

UNE « RENAISSANCE BERBÈRE » ?

– Compte rendu de la conférence organisée par Sciences Po Monde Arabe-

Hugo Massa
pour Sciences Po Monde Arabe

Mercredi 8 Novembre 2010, l’association Sciences Po Monde Arabe a organisé une conférence-débat sur le thème du berbérisme à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Le panel, originairement composé de quatre invités, a dû être réduit à trois du fait des conditions météorologiques et de leurs conséquences sur les transports parisiens. Étaient donc présents : Claude LEFÉBURE, directeur du Centre d’Histoire Sociale de l’Islam Méditerranéen, chargé de recherche au CNRS, spécialiste du Maghreb berbérophone ; Lahoucine Anir BOUYAAKOUBI, enseignant-chercheur en anthropologie, membre de l’association culturelle berbère Tamaynut-France ; et Masin FERKAL, Président de l’association Tamazgha pour la promotion de la langue et de la culture berbère. Mehdi IAAZI, linguiste chercheur à l’Université Ibn Zohr (Agadir) et à l’Institut Royal de la Culture Amazigh s’est excusé de son absence. Les membres du panel ont été invités à donner une présentation d’une vingtaine de minutes chacun avant de répondre aux questions de la salle. Compte-rendu, aussi fidèle et neutre qu’il nous est paru possible, de cette table ronde : Lire la suite

VENI, VIDI, VICI : LA VICTOIRE DU PARTI AUTHENTICITÉ ET MODERNITÉ AUX ÉLECTIONS COMMUNALES MAROCAINES DE 2009

Bahia El Oddi et Romain Ferrali,
en collaboration avec Youssef Benkirane

Résumé

Le PAM, couronnement d’une structuration progressive, regroupe trois profils idéaltypiques au sein d’une structure autoritaire. Cette structure permet la domination de deux d’entre eux, les « gauchistes » et les « démocrates makhzéniens » sur le troisième, les « politiques ». La composition du parti, combinée à son discours, en correspondance totale avec l’agenda monarchique, montre que le PAM est un parti makhzénien, qui regroupe tout ce que l’élite politique marocaine compte de monarchiste. Le PAM est donc un « parti faire-valoir », sa proximité d’avec le palais apparaissant à ses membres comme le moyen de saisir la reconnaissance et les faveurs du pouvoir, ainsi que de défendre leurs intérêts économiques. D’autre part, le PAM parvient très vite à dominer le champ partisan. Son succès se fait aux dépens des vieux partis makhzéniens (MP, RNI) et fragilise la majorité. Ennemi des partis, il part seul à la conquête du pouvoir. Enfin, son succès électoral, certain, est la résultante de facteurs très classiques : parti rural, le PAM est fortement avantagé par le mode de scrutin. Avec le soutien constant de l’appareil administratif et des méthodes de campagne modernes, il fait de sa proximité avec le Palais un élément central de sa campagne. Ceci séduit l’électeur rationnel qui, dans le cadre de la monarchie exécutive, vote pour le parti qui est le plus capable d’influer sur l’action publique. Lire la suite

ÉMIGRATION ET POLITIQUE DES ÉMIGRÉS AU MAROC. Du dépassement de l’Etat « proxénète » à la mise en place de l’Etat « paternaliste » : pérenniser l’allégeance, orienter l’investissement et « désamorcer » la contestation

Youssef Benkirane

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Résumé

Les Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont été, progressivement depuis les années 1990, l’objet d’une politisation graduelle qui les a portés en haut de l’agenda politique. Trois temps peuvent être isolés dans les relations entre l’Etat marocain et ses émigrés. Des années 1960 à la fin des années 1980, l’Etat marocain jouait un rôle de « proxénète », dispensant sa main-d’oeuvre aux clients européens, récoltant sa « comptée » et gardant un contrôle coercitif, voire répressif sur ses ressortissants. Les années 1990 ouvrent une nouvelle période où l’émigration qui s’intensifie et se diversifie se soustrait au contrôle de l’Etat en même temps qu’elle devient porteuse d’enjeux importants en matière culturelle et économique. Durant cette décennie, l’Etat marocain a pu paraître absent ou pour le moins dépassé par une dynamique sur laquelle il perdit le contrôle. Au dépassement de l’Etat dans les années 1990 répond son redéploiement dans les années 2000 grâce à la mise en place d’une stratégie « paternaliste » consistant à renforcer les liens culturels et économiques des émigrés avec leur pays d’origine, et « désamorcer » en filigrane la constitution d’un champ externe de contestation politique.

Cet article se propose d’étudier ces trois temps des rapports entre les émigrés et l’Etat marocain et plus précisément les développements qui ont eu lieu ces dernières années et qui marquent un tournant décisif.

Abstract

Since the 1990s, Moroccans resident abroad (MRE) have progressively been the object of a gradual politicisation that brought them up to the top of the political agenda. The relationship between the Moroccan state and its migrants can be divided in three periods. From the 1960s to the late 1980s, the Moroccan state acted as a “procurer”, selling its workforce to European clients and collecting the money. Still it kept a coercive political control over its nationals. With the beginning of the 1990s came a new era with the increase and diversification of immigration that escaped from the power of the state. At the same time, immigration appeared as carrying important cultural and economical stakes. During this decade the Moroccan state seemed absent or at least not being able to control this dynamic. To the overtaking of the state in the 1990s echoes its redeployment in the 2000s thanks to the implementation of a “paternalistic” strategy. This strategy consists of strengthening the migrants’ cultural and economic links with their country of origin and “defusing” the building of an external field of protest.

This article offers to study these three important periods and more precisely the developments that occurred recently and that marked a decisive turn in this relationship.

LA NORMALISATION POLITIQUE DE L’ISLAMISME DANS LE ROYAUME CHÉRIFIEN : Généalogie et pratiques du Parti de la Justice et du Développement

Youssef Benkirane,
rédaction supervisée par Philippe Droz-Vincent

 

Résumé

De la Jeunesse islamique au Parti de la Justice et du Développement (PJD), les islamistes marocains ont fait un remarquable parcours de normalisation. L’histoire de ce parti permet d’éclairer l’ensemble du mouvement islamiste marocain, les principales questions doctrinales et politiques qui l’ont agité et les mécanismes du passage du socio-religieux au politique. Lire la suite