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LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE ÉGYPTIENNE ET L’OPÉRATION « PLOMB DURCI »

Youssef el Chazli

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Résumé

L’année 2008 s’est terminée, dans le Proche Orient, par une offensive militaire de grande envergure lancée par l’État hébreu contre une bande de Gaza asphyxiée par de longs mois de blocus. Cette crise a eu des répercussions importantes dans l’espace politique égyptien, que ce soit par l’implication des diplomates égyptiens ou par la mobilisations des espaces sociaux.

Abstract

The year 2008 ended in the Near East with the outbreak of the « Cast Lead » military operation led by the Israeli Defence Forces in Gaza. This was yet another regional crisis having a notable impact on Egyptian politics, wether it was in the diplomatic hyperactivity of the Egyptian regime or in the social solidarity movements with the Palestinians.

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« On sera toujours avec le peuple palestinien mais, ces fils de… qui sont à Gaza, on n’a rien pour eux »[1]

Dans cet article, je m’intéresse à la politique étrangère égyptienne face à une crise régionale, en l’occurrence une offensive israélienne sur un territoire palestinien[2]. Toute la complexité de de cette crise découle de son poids symbolique considérable, qui rend floue la distinction que l’approche classique des relations internationales opère entre politique interne et politique étrangère ou internationale. Ainsi, à l’observation des pratiques diplomatiques du régime égyptien, on s’aperçoit que l’État, tout autoritaire qu’il soit, répond à des stimuli domestiques, que ce soit sous forme d’ « opinion publique » ou de mobilisations initiées par certains acteurs sociaux.

L’année 2008 s’est terminée, dans le Proche-Orient, par une offensive militaire de grande envergure lancée par l’État hébreu contre une bande de Gaza asphyxiée par de longs mois de blocus. L’année 2009 commence avec un bilan lourd : des morts et des blessés par milliers et des dégâts considérables dans l’infrastructure gazaouie. La courte guerre de Gaza, baptisée opération « Plomb durci »[3], viendra graver dans la pierre les lignes de partage au Proche-Orient : « modérés » pro-occidentaux d’un côté, « front du refus » de l’autre.

La réaction de la société égyptienne a été particulièrement violente durant ce conflit. Des milliers de personnes ont investi les rues des grandes villes pour manifester leur solidarité avec les « frères palestiniens ». Ces mobilisations ont été marquées par la mise en accusation directe, dans les slogans, des autorités égyptiennes comme étant responsables de la situation à Gaza. La diplomatie égyptienne se trouvait alors confrontée à une double tâche : d’une part, conforter les positions égyptiennes et les intérêts du pays au niveau international en ménageant les alliés du régime et d’autre part, légitimer et justifier sa position devant sa propre société, et dans une certaine mesure, auprès de la « rue arabe ».

Ces événements doivent être remis dans le contexte politique égyptien récent. Le besoin pour le régime de se justifier (avec autant de zèle) est une nouveauté dans la pratique politique égyptienne. Il est sans doute à lier à la libéralisation relative du champ politique dans le pays depuis 2004-2005. L’État se voit de plus en plus déstabilisé, tant par des mouvements sociaux protestataires que par une presse de plus en plus indépendante. L’un des derniers bastions de la souveraineté étatique demeurait jusqu’alors celui de la politique étrangère ; un domaine où la société reconnaissait le savoir-faire des acteurs étatiques (Aclimandos, 2009)[4]. Cependant, les différentes crises régionales (Intifada, intervention en Irak, guerre du Sud Liban) ont terni l’image d’efficience de la diplomatie égyptienne.

Les autorités égyptiennes se trouvent dès lors dans une situation paradoxale, que l’on peut résumer de la manière suivante : d’un côté, les décideurs égyptiens doivent défendre ce qu’ils considèrent être l’intérêt national, en l’occurrence, le fait de ne pas entrer en contradiction avec les intérêts de l’allié américain dont le régime dépend, et donc de ce fait, laisser Israël agir impunément. Parallèlement, le Caire est inquiet de voir la gestion du problème gazaoui jetée entre ses bras, chose qu’il refuse catégoriquement. D’un autre côté, les enjeux internes de cette question sont majeurs. Entre la répression des Frères musulmans et l’incertitude liée à la succession de Moubarak, le régime doit aussi tenter de ne pas être en contradiction trop radicale avec sa société. Un minimum d’assentiment sociétal, même dans le cadre de régimes autoritaires, demeure nécessaire pour maintenir une stabilité relative ; assentiment que l’État peine de plus en plus à susciter. C’est là toute la difficulté de la question palestinienne pour l’État égyptien : celle-ci n’est pas vraiment une politique étrangère à proprement parler et elle n’est certainement pas une politique interne. Elle constitue plutôt un exemple évident du brouillage qui peut exister entre politique interne et politique internationale.

La diplomatie égyptienne a été décrite, durant cette période, comme étant « désorientée »[5], « en crise »[6] ou encore faisant face à des « dysfonctionnements »[7]. La majorité de ces constats d’échec vient du monde arabe, qui plus est, de la part d’intellectuels égyptiens[8]. Cependant, force est de constater qu’objectivement (c’est-à-dire par rapport aux objectifs et orientations durables de l’Égypte), la diplomatie égyptienne a été relativement fonctionnelle si ce n’est performante. L’étude de la politique étrangère égyptienne avant et pendant l’opération militaire israélienne en atteste. Là où l’échec a été patent, où le dysfonctionnement plus qu’évident, c’est sans nul doute dans la communication des positions égyptiennes dans l’espace public, largement dominé par des médias et des acteurs hostiles au régime égyptien. Nous tenterons d’exposer dans cet article d’une part, l’action politique de l’État égyptien lors de cette crise et d’autre part, la prise de parole des dirigeants tentant de justifier et de légitimer cette action politique auprès de la population égyptienne.

L’action politique égyptienne face à l’opération « Plomb durci »

La gestion des évènements à Gaza a été vécue comme un grand échec pour la diplomatie égyptienne, du moins dans son image, car le « dysfonctionnement » est intervenu dans un dossier sur lequel l’État s’est particulièrement investi et qu’il a toujours soutenu[9].

« Malgré la justesse de sa position envers Hamas et le dossier palestinien, malgré ses sacrifices pour ce dernier, l’Égypte a fait face à des attaques des plus violentes… attaques qu’elle ne méritait pas (…) Comment Hamas, la propagande iranienne, syrienne et qatarie ont-ils réussi à endommager la position égyptienne et à mobiliser l’opinion publique contre la politique égyptienne (…) ? (…) La réponse réside dans la défaillance du discours diplomatique et médiatique » (‘Allâm ; 125).

L’argumentaire tenu par cet ancien diplomate est le même que l’on retrouve dans la presse égyptienne ainsi que dans les rares médias transnationaux qui ne souhaitent pas critiquer les choix politiques du régime. Certes, celui-ci peut être critiqué pour sa posture de « modéré » dans le conflit, mais, comme le rappellent de nombreux auteurs, l’autre posture politique dite du « refus » n’aura pas plus fait pour la cause palestinienne[10]. C’est donc principalement la conduite de la politique étrangère égyptienne qui est critiquée plus que son « orientation » au sens de Holsti[11].

La vision égyptienne en action : l’endiguement (ihtiwâ’) des crises régionales

L’Égypte voit approcher d’un mauvais œil la fin de la trêve qu’elle avait négociée en juin 2008 et perçoit la difficulté de convaincre Hamas de reconduire celle-ci. En effet, la poursuite des raids aériens et des assassinats ciblés de la part d’Israël pousse le Hamas à briser le statu quo, dans l’espoir de susciter un rééquilibrage des rapports de force. Le mouvement de résistance refuse donc la reconduction, ce qui donnera un prétexte à Israël pour lancer son offensive militaire (Sieffert, 2009).

Le Président Moubarak et son entourage assistent à la montée des tensions et essaient dans les semaines qui précédent l’opération israélienne de désamorcer la crise qui prend forme. L’endiguement ou le désamorçage des crises se présentent en effet comme une des tendances lourdes de la diplomatie égyptienne (‘Allâm).

Ainsi, le 15 décembre 2008, le ministre des Affaires étrangères (M.A.E.) appelle la communauté internationale, dans un communiqué officiel, à faire pression sur l’État hébreu pour qu’il lève « l’abominable siège que subit la population de Gaza »[12]. Cependant, cela fait déjà plusieurs semaines que des acteurs sociaux critiquent la participation de l’État au blocus de Gaza. Les attaques venant des sociétés civiles avoisinantes, exagérément documentées et retransmises par la chaîne al-Jazira, ne font que renforcer l’ébullition de la « rue égyptienne »[13]. Le Caire se défend à maintes reprises de participer au siège de Gaza. Le 19  décembre, le porte parole du M.A.E. précise que la position égyptienne envers la bande de Gaza découle du droit international qui considère le secteur[14] comme un territoire occupé et que toute responsabilité incombe à la force occupante israélienne et non pas à l’Égypte. Il ajoute que l’Égypte, malgré les diverses contraintes, fait tout son possible pour aider les Palestiniens alors qu’elle n’est pas juridiquement tenue de le faire. Ainsi, c’est l’Égypte qui fournit 10% de son électricité à Gaza ou encore offre ses services hospitaliers à toutes les personnes ayant besoin de soins, et ce gratuitement. Il rajoute même que beaucoup d’efforts égyptiens ne sont pas rendus publics car l’Égypte recherche le bien des Palestiniens et non pas à se faire de la publicité.

D’un point de vue logique, il semble évident qu’un État qui tient ce type de discours ne cherche ni à convaincre les Gazaouis de sa bonté ni la communauté internationale de la justesse de ses positions. On peut légitimement supposer que le discours est principalement orienté vers une opinion publique qui n’a cessé de se mobiliser pour demander la levée du siège sur Gaza.

En tout état de cause, les efforts égyptiens pour désamorcer la crise régionale ainsi que pour calmer l’opinion égyptienne semblent échouer. Les 23 et 24 décembre, la probabilité d’une opération militaire se confirme comme en témoigne la presse israélienne[15]. Parallèlement, Moubarak reçoit Abu Mazen[16] pour discuter des moyens de sortir de la crise. Le 25 décembre, c’est au tour de Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, de rencontrer le raïs égyptien, accompagné de son bras droit Omar Suleyman (chef des services de renseignements et chargé des questions palestiniennes) et d’Ahmed Abu el-Gheit (ministre des Affaires étrangères), pour discuter des dernières évolutions de la situation. Moubarak signifie à son interlocutrice son refus des méthodes de châtiment collectif et la nécessité d’éviter une nouvelle crise du type libanais[17]. Il appelle aussi Hamas à la retenue via Omar Suleyman qui demande aux différents protagonistes d’éviter l’éclatement d’un conflit et de privilégier la voie diplomatique. Le même jour, se tient à Tel-Aviv une réunion urgente du Security Cabinet pour discuter de la réponse israélienne appropriée à l’attaque massive de roquettes. Les protagonistes semblent résignés au combat et désabusés sur la capacité réelle des Égyptiens à désamorcer la crise. Le quotidien israélien Haaretz précise 3 jours avant le début du conflit :

« The Israeli sources confirmed that Egypt is more involved in trying to mediate a truce than it was two days ago. However, they said, it is unclear whether Cairo has enough leverage over Hamas to persuade the organization to agree to a deal (…) Omar Suleyman had contacted Hamas leaders in both Gaza and Damascus and urged them to halt the rockets so as not to give Israel an excuse to attack » (24/12/2008).

Le lendemain, la presse israélienne titre, au grand dam des autorités égyptiennes, « Egypt won’t object to a short IDF offensive in Gaza ». L’information tirée du journal panarabe al-Quds al-‘Arabi, dont l’hostilité pour le régime Moubarak n’est un secret pour personne, sera reprise par l’opposition locale et par divers protagonistes (dont le Hamas) accusant ainsi l’Égypte d’avoir été au courant de l’offensive israélienne, voire d’avoir encouragée dans le but d’affaiblir le mouvement islamiste[18].

Hyperactivité diplomatique et échec des logiques souverainistes

Dans la matinée du samedi 27 décembre 2008, l’armée israélienne lance contre la bande de Gaza une offensive militaire, baptisée « Plomb durci », dont l’objectif affiché est de protéger le quart de million de citoyens vivant dans le Néguev occidental (Crone, 2009). Elle vise à donner une leçon au Hamas qui a refusé de reconduire la trêve négociée par les Égyptiens[19]. Bien évidemment, les raisons sous-jacentes à l’action du gouvernement Olmert dépassent la simple protection des habitants de Sdérot ou d’Ashkelon[20]. Cette opération, qui durera plus de trois semaines, fera quelque 1400 morts et 5500 blessés chez les Palestiniens contre 10 soldats et 3 civils tués côté israélien[21].

Dès le début des hostilités, l’État égyptien, voisin méridional d’Israël et frontalier de la bande de Gaza, se mobilise pour tenter de négocier un cessez-le-feu entre l’État hébreu et le Hamas[22]. Quelques heures après le début de l’opération militaire israélienne, la Présidence de la République publie le communiqué suivant :

« La République arabe d’Égypte condamne les actions militaires israéliennes sur la bande de Gaza et porte la responsabilité des dégâts causés par celles-ci à Israël, en sa qualité de force d’occupation.

Israël a fait planer le doute d’une attaque militaire sur Gaza tout au long des dernières semaines, et l’Égypte avait averti des risques d’une telle opération tant sur la situation humanitaire dans le secteur que sur la stabilité du Moyen-Orient. L’Égypte avait appelé les factions palestiniennes à ne pas donner d’excuses à Israël pour lancer une offensive.

Le refus de coopérer des côtés israélien et palestinien n’altérera néanmoins pas la volonté de l’Égypte de continuer ses efforts. (…)

Le Président de la République a pris les mesures nécessaires pour accueillir toutes les victimes de l’offensive israélienne à travers le point de passage de Rafah et leur prise en charge par les hôpitaux égyptiens ».

De son côté, le ministère des Affaires étrangères condamne « avec les mots les plus durs » l’attaque israélienne sur Gaza. L’ambassadeur israélien au Caire est convoqué afin de lui exprimer la « protestation »[23] égyptienne et d’autre part, l’ambassadeur égyptien à Tel-Aviv est sommé d’activer les contacts nécessaires pour négocier une cessation immédiate des hostilités. Tous les organes étatiques liés au dossier israélien augmentent la cadence et s’activent pour tenter de trouver une issue[24].

Il faut rappeler que la politique étrangère égyptienne fonctionne selon une division du travail bien précise. Pendant l’offensive israélienne, les autorités sécuritaires sont chargées de faire la médiation entre Palestiniens et Israéliens, ainsi qu’entre les Palestiniens eux-mêmes. La diplomatie « officielle »[25] se charge quant à elle de la recherche de soutiens internationaux pour faire pression sur Israël et de l’activisme dans les institutions internationales, principalement onusiennes[26].

Au niveau de ces dernières, une réunion de discussion à huis clos est convoquée par le Conseil de sécurité à la demande de la Lybie, seul membre arabe du Conseil. Cette réunion fait suite à une réunion des représentants permanents des pays arabes dans le siège de la délégation égyptienne à New-York. Le 31 décembre, le Conseil de sécurité se réunit d’urgence pour discuter de la situation gazaouie. Le seul État arabe extérieur au Conseil qui prend la parole est l’Égypte, condamnant l’agression israélienne et exhortant les membres à prendre leurs responsabilités. Les 6 et 7 janvier, le Conseil de sécurité se réunit au niveau ministériel et Ahmad abul-Gheit est un des seuls représentants arabes à s’exprimer[27]. Sentant l’immobilisme du Conseil de sécurité s’accentuer du fait du soutien de l’administration américaine à Israël, l’Égypte décide de diversifier ses moyens d’action.

En sa qualité de représentante du groupe arabe et du groupe africain, l’Égypte initie une mobilisation étatique au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Avec le soutien de Cuba (représentant des non-alignés) et du Pakistan (représentant des États de l’OCI), l’Égypte réussit le 9 janvier 2009 à convoquer une réunion extraordinaire d’urgence du Conseil pour discuter les « graves violations des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé, y compris la récente agression militaire dans la bande de Gaza »[28]. A l’issue de longues réunions, au cours desquelles des organisations de la société civile égyptienne prennent parole et soutiennent l’initiative de l’État, une résolution est adoptée par 33 voix contre une, avec 13 abstentions, condamnant l’attaque Israël.

Au niveau institutionnel régional, une réunion extraordinaire d’urgence des ministres des Affaires étrangères arabes est convoquée au Caire le 31 décembre. L’Égypte voit d’un mauvais œil les efforts qataris pour organiser un sommet arabe d’urgence à Doha deux jours plus tard et fera tout son possible pour faire avorter l’initiative du Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thâni[29]. La réunion débouche sur l’adoption d’une résolution condamnant l’attaque israélienne et demandant au Conseil de sécurité de prendre ses responsabilités. Fait notable, la résolution « loue les efforts considérables que la République arabe d’Égypte fournit pour soutenir le peuple palestinien »[30].

Au niveau égyptien, le Président Moubarak intensifie ses contacts avec différents dirigeants. Il reçoit Abu Mazen à nouveau ainsi que des appels téléphoniques du Président français Nicolas Sarkozy. Le ministre des Affaires étrangères est envoyé dans une tournée régionale où il passe notamment par la Turquie, sollicitée par l’Égypte pour faire pression sur Israël.

Force est de constater que tout au long du conflit, la diplomatie est handicapée par son enfermement dans les logiques et pratiques politiques réalistes. Autrement dit, la politique étrangère égyptienne traite la crise de Gaza comme toutes les autres crises, à travers des prismes de sécurité, de compétition, etc. A chaque fois qu’il sera demandé aux Égyptiens d’être plus conciliant envers Hamas, de penser aux populations qui meurent et à la crise humanitaire, l’argument souverainiste sera brandi par les autorités égyptiennes. C’est là un des problèmes de la politique étrangère égyptienne qui sait se montrer très sévère avec des acteurs faibles et qui, de ce fait, s’expose à la critique et à la surenchère d’entrepreneurs de colère qui trouve facilement dans la « soumission » égyptienne à l’État hébreu un argument aguichant pour nourrir la contestation.

Avec le prolongement de la crise, la montée de la contestation interne mais surtout l’exacerbation de la campagne médiatique menée par la chaîne al-Jazira, l’Égypte « officielle » va se mettre dans une posture réactive face à son environnement domestique et régional et va initier une contre-stratégie de communication censée légitimer ses positions dans le conflit.

L’Égypte face à son opinion publique : discours et pratiques

Le ministère des Affaires étrangères est habitué à être en contact avec les médias. C’est principalement en réponse aux sollicitations des journalistes que les diplomates s’expriment, mais parfois, quand cela peut s’avérer nécessaire, les diplomates peuvent demander à être reçus pour exprimer les positions égyptiennes. L’usage du medium télévisuel a pour but de « transmettre à l’opinion publique les positions égyptiennes et défendre les politiques égyptiennes, mais aussi expliquer à la société égyptienne les raisons et les objectifs des choix de l’État »[31].

La crise de Gaza n’est pas une crise inédite. Elle s’inscrit dans la suite du précédent libanais où la position égyptienne avait été déjà très critiquée (‘Allâm ; 118 – 125). Le moment « Plomb durci » n’a fait qu’amplifier considérablement des éléments qui avaient déjà surgi en 2006 et ce du fait de la proximité géographique et symbolique de la bande de Gaza avec l’Égypte.

A propos du précédent libanais, Hadjar Aouardji notait déjà en 2007, que « L’adhésion populaire que génère la résistance du Hezbollah dans nombres de sociétés arabes s’impose comme un défi de taille pour ces gouvernements sunnites et proaméricains ». Il s’agirait pour ces derniers de « faire figure de bons élèves, soucieux de ménager leur puissant allié américain, quand bien même ils s’aliéneraient ainsi une partie substantielle de leurs opinions publiques respectives »[32]. Partant, l’auteure dégageait une hypothèse importante sur l’interprétation à donner de la pratique de la politique étrangère dans ce genre de situations :

« On peut considérer que les déclarations officielles du gouvernement égyptien visent à démontrer aux États-Unis sa coopération, tout en évitant de s’aliéner son opinion publique, de façon à ce que les ‘bons points’ distribués par les États-Unis n’entraînent pas systématiquement une perte de crédit auprès du peuple égyptien » (Aouardji 2007 ; 338).

L’hypothèse semble valide dans notre cas, même s’il est nécessaire de la nuancer. Il apparaît dans le cas de Gaza que l’équilibrisme habile des autorités égyptiennes ait eu du mal à s’exercer. Il semble que le gouvernement cherchait plus à prouver à son opinion publique sa non-collaboration que de démontrer aux États-Unis une coopération qui ne fait pas doute[33].

Les autorités égyptiennes se placent ainsi dans une posture pédagogique où il est souvent rappelé que « l’homme du peuple » est poussé par les émotions et que même si les émotions sont présentes chez les dirigeants, ils doivent avant tout « réfléchir » et bien diagnostiquer la situation calmement pour orienter la politique étrangère[34]. Les journalistes sont aussi impliqués dans cette infantilisation du spectateur en orientant toutes les questions par des expressions du type : « on se met à la place du citoyen lambda » ou encore « de l’Égyptien moyen naïf » qui « ne connaît rien aux affaires internationales ».

Les diplomates égyptiens ont donc largement investi les espaces publics pour communiquer les positions officielles en véhiculant principalement trois discours, assez récurrents dans la diplomatie égyptienne : l’attachement de l’Égypte à la légalité internationale ; la mise en valeur du rôle égyptien dans la résolution du conflit notamment par son hyperactivité diplomatique ; la réactivation du discours nationaliste de « l’Égypte d’abord » et de la pratique qui en découle, celle de la désignation des ennemis intérieurs.

Le légalisme égyptien : la « sincère mauvaise foi » diplomatique

La référence au droit international et aux engagements internationaux est une constante du discours politique égyptien en matière de diplomatie. L’attachement de l’Égypte aux organisations internationales a toujours été important et, en tant que puissance moyenne, l’État égyptien voit dans cette stratégie une source de puissance et de prestige au niveau international. Cet attachement est très souvent mis en avant par les diplomates.

Durant la crise de Gaza, une bonne partie de l’argumentation égyptienne officielle, pour faire face aux salves de critiques qu’elle recevait, était de nature juridique. Deux points sont revenus assez souvent dans le discours diplomatique « légaliste » : le statut juridique de Gaza et la question du point de passage.

Le statut juridique de la bande de Gaza

Comme nous l’avons souligné, plusieurs communiqués dans la période précédant l’éclatement du conflit sont venus préciser que la politique égyptienne découlait d’une stricte application du droit international et des accords régissant le problème palestinien.

Les diplomates égyptiens rappellent souvent que, selon Israël, Gaza est un territoire autonome depuis le désengagement de 2005. De ce fait, les attaques émanant de Gaza sont perçues par l’État hébreu comme étant des actes d’agression provenant d’une entité hostile. Cependant, le désengagement israélien a plutôt été un redéploiement du système de contrôle sur la bande de Gaza qu’une réelle libération. En ce sens, au regard du droit international, Israël demeure la force occupante de Gaza et découle de ce statut un nombre d’obligations envers les populations occupées.

L’Égypte considère évident le stratagème israélien visant à lui donner la responsabilité de Gaza, s’exonérant ainsi de ses responsabilités légales. Cela signifierait, selon les Égyptiens, la fin de l’unité palestinienne et un point de non-retour dans le rêve d’un État palestinien[35].

La question du point de passage de Rafah[36]

La gestion du point de passage de Rafah a sans doute été l’élément le plus critiqué de la politique égyptienne durant l’opération Plomb durci. Il a été reproché à l’Égypte de ne pas ouvrir le point de passage ou du moins d’être trop rigide sur la question du passage de biens et de personnes pendant le conflit[37].

« Le point de passage obéit à un accord de novembre 2005 qui conditionne son ouverture par la présence d’observateurs européens, des gardes présidentiels et autorité des douanes palestiniens. L’Égypte n’est pas partie à l’accord. Et juridiquement, elle ne peut ouvrir le point de passage qu’en présence de l’autorité légitime en application de l’accord »[38].

Cette argumentation nous est présentée, au mot près, par tous nos interlocuteurs de la diplomatie égyptienne. L’ouverture des points de passage par l’Égypte est présentée comme une bonne action des autorités qui, menées par le rôle égyptien et par sa responsabilité historique, acceptent de laisser passer les blessés dans un sens et le matériel humanitaire dans l’autre en dépit de l’absence de toute obligation juridique de le faire.

Cependant, certains acteurs, Hamas notamment, sont insatisfaits par ce niveau d’effort qu’ils jugent insuffisant. En témoignent les propos tenus par l’un des porte-paroles du mouvement islamiste à Gaza, Fawzi Barhoum, lors d’un appel téléphonique au talk-show al-Qâhira al-Youm[39]. Pour plusieurs franges de la société[40], la logique souverainiste ne fait pas sens et les points de passage devraient être ouverts pour laisser les Gazaouis entrer. Pour un des dirigeants des mouvements de soutien à Gaza, l’argument égyptien selon lequel l’entrée des Gazaouis serait définitive car ils refuseraient de revenir est « illogique ». Lors de l’incursion de plusieurs milliers de Gazaouis en janvier 2008, leur passage avait été temporaire et ils avaient fini par rentrer chez eux[41].

La mise en valeur de l’hyperactivité diplomatique : New-York, Genève, le Caire

La ritournelle du rôle égyptien en tant que médiateur dans la résolution des conflits régionaux, et de son impact « considérable » dans les institutions internationales est bien connue des observateurs de la politique étrangère égyptienne.

Dans le cas de la guerre du Sud-Liban, par exemple, Hadjar Aouardji notait ce rapport important entre activisme dans les arènes internationales et tentative d’amadouer l’opinion publique. L’auteure considérait qu’il s’agissait en fait « pour le pouvoir d’élaborer une stratégie discursive teintée d’activisme afin d’éviter d’être considéré comme un collaborateur par le peuple »[42] (Aouardji, 2007).

Si l’activisme du Caire et son rôle dans les institutions internationales lors du conflit à Gaza est indéniable, il est intéressant de voir comment ce rôle a été utilisé dans la stratégie de communication égyptienne. Alors que la presse indépendante s’attache surtout à documenter les violations des autorités égyptiennes envers la liberté d’expression, notamment du fait de l’arrestation des manifestants et de la répression, la presse officielle met en avant le rôle de la diplomatie égyptienne dans la résolution du conflit. Outre l’activisme diplomatique informel, c’est-à-dire les contacts que Moubarak multiplie avec ses homologues arabes et occidentaux, l’accent est mis sur le rôle égyptien dans les institutions régionales et internationales.

Le journal el-Gomhoreya titre ainsi le 4 janvier, « l’Égypte dans une course contre la montre pour sauver le peuple palestinien ». L’article précise que le Caire connaît une effervescence diplomatique considérable. De son côté, le journal el-Akhbâr déclare que Abul-Gheit critique vivement le Conseil de sécurité pour son immobilisme, et que le ministre continue ses efforts pour « maitriser la situation à Gaza ». L’article fait état de contacts égyptiens avec les autres leaders de la région et de la demande adressée par le représentant permanent de l’Égypte à l’ONU au Conseil de sécurité de se réunir pour discuter du projet de résolution arabe. Dans les jours qui suivent, le triptyque gouvernemental Akhbâr-Ahrâm-Gomhoreya gardent le cap et insistent sur les efforts égyptiens.

Malgré cette couverture médiatique conséquente, les diplomates se sentent obligés de s’attaquer plus sérieusement à la question de la communication étant donné que les attaques venant des media panarabes ne cessent pas et que les tensions sociales internes, les manifestations en premier lieu, sont loin de s’essouffler. N’oublions pas que le monopole jadis exercé par les journaux gouvernementaux n’a cessé de s’éroder dans la décennie écoulée qui a vu progresser la presse indépendante de manière fulgurante.

Ainsi, la télévision est largement investie par la diplomatie égyptienne comme pour faire face aux émissions d’al-Jazira, largement suivies par les Égyptiens. La fréquence de passage de diplomates égyptiens sera importante comparée à des périodes hors crise où ces derniers interviennent rarement[43].

Dès le lendemain du début des hostilités, le porte-parole du ministère est présent sur le plateau du talk-show al-‘Âchera Massâ’an, présenté par la journaliste Mona el-Chazli sur la chaine satellitaire Dream. L’émission reçoit également l’ancien ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmad Maher, l’opposant Hamdîn Sabbahi et un spécialiste des questions palestiniennes, Achraf abu-l-Hôl. Le débat est vif entre le porte-parole et l’opposant nassérien et les reportages tout au long de l’émission montrent les manifestations de soutien à Gaza dans les rues égyptiennes. La rhétorique légaliste, en ce qui concerne les points de passage et le statut de Gaza, est clairement présente.

Le 13 janvier, une émission est consacrée sur la 1ère chaîne égyptienne à la question de Gaza et plus précisément à la guerre médiatique à laquelle fait face l’Égypte. C’est encore une fois Hossam Zaki, porte-parole du ministère, qui est chargé d’expliquer le rôle égyptien, ses fondements et la guerre qui lui est menée par les différentes forces régionales. L’émission Kalâm mas’oul est présentée par le journaliste Mohamed Saleh, entre autres directeur du bureau égyptien du fameux journal al-Hayat, qui pose des questions relativement directes à son interlocuteur.

L’élément le plus marquant de cette stratégie de communication, et qui constitue une innovation majeure sans doute née d’une perception d’échec de la stratégie communicative du ministère, a été l’apparition du ministre Ahmad abul-Gheit au très populaire talk-show du journaliste ‘Amr Adib[44]. L’édition spéciale du talk-show al-Qâhira al-Youm[45], sera tournée en direct du siège du ministère des Affaires étrangères et durera plus de deux heures alors même que le ministre est censé être très occupé par les différentes réunions interarabes mais aussi par de nombreux voyages à l’étranger, à Bruxelles notamment.

Le but de l’émission est clair et assumé : expliquer à la société les positions égyptiennes et répondre aux allégations des différents acteurs, égyptiens et étrangers, concernant la collaboration et la participation à l’oppression du peuple palestinien. Ce condensé de stratégie de communication recycle les idées principales de l’attachement au légalisme et du rôle de l’Égypte. Mais aussi, et surtout, on y retrouve quelques tendances lourdes de la rhétorique diplomatique égyptienne[46].

Rhétoriques diplomatiques : (re)nationalisation du discours politique et désignation de l’ennemi

Deux éléments principaux mériteraient d’être pris en compte ici. D’une part, la mise en avant du rôle et de l’importance de l’État égyptien. Tout au long de l’émission, le ministre souligne les pouvoirs de l’Égypte, « seul pays écouté par les occidentaux ». D’autre part, et c’est là un élément très intéressant, une large part de la stratégie de communication égyptienne a été de « dévoiler » à l’opinion publique le « complot » (mu’âmara) mené contre l’Égypte. Selon le ministre, un « piège » (fakh) a été tendu à l’Égypte par des acteurs divers voulant changer l’ordre régional promu par les modérés de la région.

Alors que les autorités égyptiennes étaient largement impliquées dans les tentatives de résoudre le problème gazaoui, elles prennent clairement une posture défensive. Le dévoilement du complot est accompagné de son corollaire qu’est la désignation des ennemis. Désignation des ennemis à l’extérieur, mais aussi désignation des « amis des ennemis » ; les « cinquièmes colonnes » qui complotent contre l’État.

Le complot pointé par les autorités égyptiennes n’est pas fictif. L’Égypte a bel et bien fait l’objet d’une campagne de déstabilisation sans précédent de la part de certains de ses rivaux régionaux. Là où les opinions peuvent diverger, c’est sur la nature du complot. Est-ce simplement une campagne médiatique née d’un concours de circonstances et précipitée par l’éclatement de l’opération Plomb durci ? Ou est-ce, tel que présenté par la diplomatie égyptienne, un complot préparé de longue date, et que la crise de Gaza ne visait qu’à faire tomber l’Égypte dans un piège ?

Durant toute l’émission, Ahmad Abul-Gheit répond à toutes les questions que ses interlocuteurs lui adressent mais insiste sur la nécessité de sortir des « petites questions » pour qu’il puisse expliquer à la société égyptienne « l’image complète ». Pour lui, ce qui se passe à Gaza n’est rien d’autre qu’une infime partie d’un grand plan préparé de longue date et visant explicitement l’Égypte. La clé de voûte du complot n’étant autre que le « danger iranien ».

« Tout a commencé à être clair, explique ainsi le ministre Ahmad Abul-Gheit, quand nous nous sommes réveillés le 12 juillet 2006 et qu’Hezbollah venait d’enlever deux soldats israéliens en représailles à l’enlèvement d’un membre du mouvement. Quand cette opération a eu lieu, j’ai été envoyé par le Président Moubarak deux heures plus tard à Damas. Il m’a envoyé là-bas pour dire aux Syriens de calmer le jeu sinon les conséquences pour la région seraient catastrophiques. (…) J’ai dit la même chose aux Israéliens mais personne ne voulait écouter. La guerre a eu lieu, mais elle a eu lieu selon un plan bien précis pour Hezbollah. Quel était ce plan ? Faisons savoir à Israël que nous avons la capacité de l’atteindre. (…) Là, ce n’est ni Damas ni Hezbollah qui parlaient, c’était l’Iran. (…) »[47].

Pour le ministre, cette vision s’est confirmée quand Hezbollah est entré à Beyrouth dans un premier temps, mais surtout quand le secrétaire général du Parti de Dieu, Hassan Nasrallah, a tenu son fameux discours le 5 janvier 2009, appelant l’armée et la population égyptiennes à se rebeller contre les dirigeants et à prendre les armes pour sauver le peuple palestinien. Le lien entre le Hezbollah et l’Iran étant prouvé, Abul-Gheit poursuit avec les liens avec Hamas.

« Le 27 décembre 2008 est arrivé. Il était évident qu’un lien existait entre Hamas et les Iraniens. Hamas étaient payés par les Iraniens tous les mois, avec des sommes considérables. (…) Hamas a voulu faire changer la situation, se doutant bien qu’Israël riposterait. On a essayé de désamorcer la crise mais ça n’a pas marché. Dès les premiers instants, ils ont demandé qu’on ouvre le point de passage de Rafah. Comme si l’ouverture du point de Rafah sauverait ou consacrerait la victoire du peuple palestinien. La réalité est différente. La réalité est que c’est un complot commencé en janvier 2008. Le 23 janvier 2008, une charge explosive a été mise sur ma terre, et ils ont détruits ma frontière, ensuite ils sont entrés dans mon territoire, pour enfin tirer sur mes soldats. Quand Hamas a refusé de reconduire la trêve, le but était le point de passage. Pourquoi le point de passage ? Pour qu’on reconnaisse Hamas. Pour qu’il soit imposé à l’Égypte de reconnaître le pouvoir sur le terrain, pouvoir différent de celui présent en Cisjordanie ».

La position égyptienne s’inscrit donc dans un rapport de force avec Hamas et les pôles qui soutiennent le mouvement islamiste, à savoir la Syrie et l’Iran. La posture défensive de l’État se traduit par une re-nationalisation du discours politique. Le ministre rappelle ainsi, en réponse à une question du présentateur du talk-show, que même si l’Égypte a toujours été la première impliquée dans la question palestinienne, les autorités égyptiennes avaient pour but premier de défendre les intérêts nationaux égyptiens, qu’avant le peuple palestinien venait le peuple égyptien. Il précise ainsi :

« Le peuple égyptien vient avant le peuple palestinien, c’est une vérité que je défends jusqu’à la mort (…). Voici l’ordre de nos priorités pour que nous soyons clairs : Premièrement, il y a l’Égypte ! Deuxièmement, la question palestinienne. Troisièmement, les intérêts arabes globaux. Et enfin, la sécurité et la stabilité de la région ».

Cette insistance sur « l’Égypte d’abord », introduite sous Sadate, revient de temps à autre quand la politique étrangère fait face à une crise. L’équivalence faite, à plusieurs reprises lors de l’émission, entre les termes « État égyptien », « société égyptienne » et « intérêts égyptiens » n’est pas un hasard. Ce type de déclaration est censé rappeler l’unité et la force du pays face aux appels d’acteurs externes demandant aux Égyptiens de se rebeller contre un pouvoir qui ne leur ressemble plus. La crainte du régime sera évidente dans la manière dont il réagira à certaines mobilisations d’acteurs non-étatiques égyptiens.

Conclusion

En guise de conclusion, quelques remarques s’imposent. Force est de constater l’étiolement du rôle du Caire vis-à-vis du dossier palestinien, notamment dans l’équilibre régional des puissances. Comme le soulignait un interviewé[48], la visite de Tzipi Livni au Caire deux jours avant le début des hostilités à Gaza, si elle ne signifiait pas la collaboration de l’Égypte, démontrait qu’Israël ne donnait pas grande importance aux objections égyptiennes. Par sa visite, la chef de la diplomatie israélienne se doutait bien qu’elle mettrait les Égyptiens dans une position difficile. Malgré cela, aucun communiqué du ministère n’est venu condamner cette tactique israélienne[49].

Lors de l’opération « Plomb durci », l’Égypte a joué un rôle important mais souvent circonscrit à des activités sans enjeu politique notable. Ce faisant, l’hyperactivité diplomatique apparaît souvent comme un alibi pour cacher la passivité politique réelle du régime et pour protéger le statu quo, seule configuration servant réellement les intérêts des pouvoirs en place. En ce sens, ce n’est pas la diplomatie égyptienne qui fonctionnerait mal, mais plutôt l’orientation générale de la politique étrangère mise en place par les hauts dirigeants. Les aspirations sociales, contraires à la nécessité de survie du régime, sont donc la source de problèmes inéluctables, ou pour employer le vocabulaire de Rosenau, elles sont productrices de « turbulences ».

L’échec des stratégies de communication de l’État a deux significations principales. La première est que, comme le démontre la majorité des politiques publiques actuelles en Égypte, le régime fait face à une crise évidente dans sa structure et dans son fonctionnement. Comme nous le faisait remarquer un jeune officiel égyptien, « le gouvernement égyptien n’a pas de vision sur le long terme ; c’est un gouvernement de gestion des affaires quotidiennes (hukûmat tasrîf ‘a‘mâl) »[50]. L’attentisme qui caractérise le système politique, du fait de cette situation transitionnelle qui n’arrive pas à terme, handicape clairement l’action de l’État. La seconde est que les médias transnationaux consacrent l’extrême perméabilité et porosité des frontières proche-orientales. Certes, cette perméabilité n’a rien de nouveau, mais la transnationalisation de l’espace public, grâce aux nouveaux modes de communication notamment, semble venir renforcer des solidarités et des « communautés imaginées » préexistantes[51].

Autrement dit, une évolution de la politique étrangère semble peu probable tant que la nomenclature dirigeante est toujours en place. L’entrée de l’espace politique égyptien dans une période électorale pouvant déboucher sur une reconfiguration des cercles décisionnels et des structures de l’État pourrait stimuler un changement, quoique toujours relatif, dans la politique étrangère du Caire


[1] Déclaration d’un député Parti national démocratique (PND – parti au pouvoir du Président Moubarak) lors d’une session parlementaire où était débattue la construction d’un mur entre l’Égypte et Gaza.

[2] Cet article se base sur les conclusions d’une enquête de terrain effectuée en février – mars 2010, en Égypte. Il est tiré du Chapitre II d’un mémoire en science politique des relations internationales réalisé à l’IEP de Paris sous la direction du Pr. Bertrand Badie (cf bibliographie).

[3] La traduction française ne fait pas l’unanimité. Si la dénomination que l’on retrouve généralement dans la littérature française est celle de « Plomb durci », on retrouve aussi celle de « Coulée de plomb » ou « Plomb fondu »; la traduction anglaise étant « Cast lead ». La dénomination originelle de l’armée israélienne était « Oferet Yetsukah ».

[4] Les références entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.

[5] Murtabika (‘Allâm 2010).

[6] (Al-Jazira, 2009).

[7] Al-Masri al-youm, 04/01/2009.

[8] Que ce soit d’observateurs de longue date de la diplomatie égyptienne comme Mohamed ‘Abdel-Hâdy ‘Allâm ou encore du politologue Hassan Naf‘a.

[9] Lors d’un célèbre talk-show égyptien, présenté par Mona el-Chazli, l’ex-ministre des Affaires étrangères égyptien Ahmad Maher déplorait ainsi certaines erreurs égyptiennes mais considérait inadmissible de douter des intentions égyptiennes dans le dossier palestinien (28/12/2008).

[10] « On rappellera que les régimes qui prônent la politique inverse, celle du refus et de la résistance, ne sont guère plus dignes d’admiration, bien au contraire » (Aclimandos, 2009).

[11] « General attitudes and commitments toward the external environment, its fundamental strategy for accomplishing its domestic and external objectives and aspirations and for coping with persisting threats » (Holsti).

[12] Les citations qui suivent sont tirées des différents communiqués disponibles sur les sites du M.A.E. (rubriques communiqués) et du State Information Service – SIS (rubrique l’Égypte et le dossier palestinien). En arabe.

[13] La « rue égyptienne » (ou « arabe ») est un concept très contestable d’un point de vue épistémologique. Je l’utilise ici comme concept politique issu du savoir pratique des acteurs plutôt que comme un concept scientifique. Ainsi, la « rue égyptienne » est avant tout une représentation (une construction) des officiels interviewés, et cette représentation induit certaines pratiques concrètes.

[14] Le « secteur de Gaza » est une traduction de l’usage en arabe de « qitâ‘ ghazza ». Je l’utilise simplement pour des raisons de style.

[15] Voir par exemple Haaretz le 24/12/2008 « Cabinet holds urgent session on responding to rocket fire ».

[16] Abu Mazen (ou Mahmoud ‘Abbas) est le Président de l’Autorité palestinienne.

[17] La guerre du Sud-Liban durant l’été 2006.

[18] L’information sera très vigoureusement niée par les diplomates égyptiens.

[19] « The Gaza war broke out on December 27, 2008, after Hamas leader Khaled Mash’al refused (…) to attend talks for a Cairo-brokered intra-Palestinian agreement. Instead, he announced in Damascus that the tahdia (trêve) had ended and would not be renewed (…) », MEMRI (2009).

[20] Ces villes situées au Nord de la Bande de Gaza sont présentées comme étant sans cesse sous la menace des roquettes tirées par le Hamas.

[21] Du fait de la difficulté de trouver plusieurs sources s’accordant sur les chiffres exacts, voici une sélection des sources que nous avons utilisées : « Cast Lead Offensive in Numbers », Al-Mezan Centre of Human Rights, Gaza ; FIDH, « Operation Cast Lead, Gaza Strip, One Year After », Décembre 2009 (disponible sur le site de la FIDH) ; Y. Bonnet, A. Farhat, Gaza – Au cœur de la tragédie ; R.S.F., Gaza, le Livre Noir.

[22] Voir, à titre d’exemple, les différents articles paru dans Le Monde : « L’Égypte tente de négocier un cessez-le-feu », 28/12/08 ; « Face aux accusations de ‘complicité’ avec Israël, l’Égypte tente de négocier un cessez-le-feu », 29/12/08 ; « La communauté internationale tente de restaurer le cessez-le-feu à Gaza », 29/12/08 ; « Les appels à la trêve ne trouvent pas de relais diplomatique », 31.12.08.

[23] Communiqué de presse, site web du M.A.E.

[24] De son côté l’Assemblée du Peuple, largement dominée par le Parti National Démocratique (Parti de Moubarak), condamne elle aussi l’attaque israélienne. Les parlementaires vont jusqu’à demander le rappel de l’ambassadeur égyptien en Israël et l’expulsion de son homologue israélien d’Égypte. Certains d’entre eux appellent même à l’arrêt de l’exportation du gaz naturel voire à la réévaluation des relations égypto-israéliennes.

[25] On parle très souvent de Masr el-rasmeya (l’Égypte officielle).

[26] Entretien avec un haut responsable du ministère des Affaires étrangères d’Égypte, le Caire, mars 2010.

[27] La Palestine prend la parole en sa qualité de partie intéressée, ainsi que l’Arabie saoudite, seul membre arabe siégeant au Conseil.

[28] Conseil des droits de l’homme, communiqué de base, 7 janvier 2009, disponible en ligne.

[29] Le sommet sera boycotté par les Égyptiens et les Saoudiens et consacrera la ligne de rupture entre modérés et front du refus dans la région. Le ministre égyptien des Affaires étrangères déclarera lors de son apparition à l’émission de ‘Amr Adîb « oui, l’Égypte a fait avorter le sommet de Doha. Dans cette région, un sommet ne fonctionne pas si le Président Moubarak et le Roi Abdallah ne donnent pas leur accord ».

[30] Résolution 6998, 31/12/2008, disponible sur le site web de la Ligue des États arabes.

[31] Entretien avec un haut responsable du ministère des Affaires étrangères d’Égypte, le Caire, mars 2010.

[32] Les deux citations précédentes sont tirées de Aouardji 2007.

[33] D’autant plus dans un contexte de transition du Président à Washington où donc les facteurs internes prennent plus d’importance par rapports aux pressions externes.

[34] Voir par exemple les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères lors de l’émission avec ‘Amr Adib.

[35] Entretiens avec des diplomates égyptiens chargés de la question palestinienne, au Caire, mars 2010.

[36] Rafah est une ville égypto-palestinienne, divisée par la frontière entre l’Égypte et la bande de Gaza. Elle abrite le seul point de passage entre l’Égypte et le secteur.

[37] Rappelons qu’en temps de guerre, le droit international humanitaire oblige tout État avoisinant une situation de conflit à ouvrir ses frontières aux populations civiles tentant de fuir.

[38] Entretien avec un diplomate égyptien conduit au Caire, mars 2010.

[39] Lors de l’émission du 05/01/09, le porte-parole hurle au téléphone que l’Égypte devrait ouvrir le point de passage aux vivants et non pas aux corps carbonisés, que les autorités devraient laisser passer la population.

[40] On retrouve cependant des groupes anti-Gaza, notamment sur les forums en ligne et dans le discours de certaines personnalités publiques proches du pouvoir.

[41] Entretien avec le juge Mahmûd al-Khodeiry, Alexandrie, mars 2010.

[42] L’auteure prend un exemple intéressant, tout à fait applicable dans notre cas. « A titre d’exemple, la déclaration faite le 11 août par le ministre égyptien des Affaires étrangères, dans laquelle celui-ci fait part de sa satisfaction de l’adoption d’une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, votée le jour même et condamnant Israël, est vraisemblablement destinée à un public national et vise à démontrer le soutien apporté à la résistance libanaise. Dans sa déclaration, Ahmad Abul-Gheit insiste sur le fait qu’elle a été directement intiée par l’Égypte. Or, une lecture du rapport détaillé révèle que la résolution a été présentée oralement par le Pakistan, mais qu’elle a été en réalité soumise conjointement par trente États, parmi lesquels, certes, l’Égypte ».

[43] Si ce n’est par le biais d’appels téléphoniques pour préciser la position égyptienne sur un point précis comme, par exemple, lors de l’interdiction de passage du convoi d’aide occidental en février 2010. Le porte-parole avait alors précisé la position égyptienne lors d’une intervention téléphonique dans l’émission al-Qâhira al-Youm.

[44] L’intérêt de ce choix est notable car l’émission de ‘Amr Adib n’est pas diffusée sur une chaîne nationale mais sur une chaîne satellitaire. Le choix a donc été clairement fait par rapport à l’audience, vu la popularité de l’émission.

[45] Ce talk-show, qui est diffusé sur une chaîne satellitaire payante, est sans nul doute devenu l’une des émissions les plus suivies en Égypte. Son présentateur vedette, ‘Amr Adib, a une influence considérable sur l’espace public égyptien. Ce talk-show, le plus ancien d’Égypte, est une ressource tout autant qu’une contrainte pour les dirigeants égyptiens, malgré une proximité prouvée entre le présentateur et la famille Moubarak. Sur l’influence de cette émission voir A. Buccianti, Les talk shows d’Égypte parlent aux Égyptiens – un vecteur de changement sous contrôle, mémoire de science politique sous la direction de Gilles Kepel, IEP de Paris.

[46] Parler de « rhétorique diplomatique » n’est pas un jugement de valeur. La notion désigne ici un discours bien rodé utilisé par un acteur pour disqualifier les discours concurrents.

[47] Les extraits suivants sont tirés de l’émission, disponible sur le site Youtube, notamment à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=JBjd-DhbXb4.

[48] Entretien au Caire.

[49] En 1982, Menachem Begin avait visité Sadate la veille de l’action militaire contre le réacteur irakien d’Osirak. Cela avait provoqué l’ire du raïs égyptien qui l’avait clairement fait comprendre aux Israéliens.

[50] Entretien à Paris, décembre 2009.

[51] Voir à ce sujet l’article fort intéressant de Mounia Bennani-Chraïbi (2008).

ENTRETIEN AVEC RON PUNDAK, DIRECTEUR GENERAL DU PERES CENTER FOR PEACE

Christopher Dembik

Le Peres Center for Peace est une ONG qui a été fondée en 1996 par le président Shimon Peres. Le principal objectif du centre est de promouvoir la paix au Moyen- Orient par le biais du développement socio-économique et de l’interaction entre les peuples. Pour ce faire, nous menons une dizaine de projets dans divers domaines, notamment le sport, la médecine, l’éducation ou encore l’agriculture. A l’heure actuelle, nous sommes la seule organisation à intervenir à une telle échelle au Moyen-Orient afin de réunir israéliens et palestiniens. Je ne peux pas évidemment évoquer tous les projets que nous menons mais j’aimerais en évoquer toutefois deux qui incarnent selon moi la réussite du Peres Center. Il s’agit tout d’abord du programme « Saving Children » qui a été lancé en 2003. Il a pour principale ambition de répondre à la crise humanitaire en facilitant le transfert d’enfants palestiniens, qui ne peuvent pas être pris en charge par l’Autorité Palestinienne et qui ont besoin de soins médicaux urgents, vers des hôpitaux israéliens où ils sont soignés. Sur la période 2003-2008, plus de 6000 enfants ont ainsi été soignés. Dans un autre domaine, celui du sport, nous avons mis en place ce que nous appelons des « Twinned Peace Sport Schools » qui dispensent chaque semaine une formation sportive et éducative aux enfants israéliens et palestiniens. A l’heure actuelle, ce projet rassemble plus de 1500 enfants israéliens et palestiniens. Nous continuons également de développer de nouveaux projets ou d’améliorer des projets déjà existants. Ainsi, nous essayons en ce moment de développer le système des « Twinned Peace Sport Schools » à destination des filles qui ne sont pas encore suffisamment représentées dans le programme. (…)

LA PAIX PAR L’ÉCONOMIE CHÈRE À B. NETANYAHOU APPELÉE À SORTIR DU FLOU

Antony Drugeon

Slogan de campagne du candidat de droite Benyamin Netanyahou, puis mot d’ordre du Premier Ministre qu’il est depuis le 31 mars, la paix par l’économie suscite autant d’espoirs que de méfiance. Une ambigüité qui a fait son succès auprès d’un électorat réticent à toute idée d’Etat palestinien, mais qui n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir. Le centre Pérès pour la paix est venu sommer le gouvernement israélien de se hâter à mettre en œuvre des mesures concrètes. Effet possible des pressions de l’administration Obama, le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël a même confié cette tâche à Adi Ashkenazi, qui préconise parallèlement l’établissement de frontières permanentes, et de négocier le sort de Jérusalem et des réfugiés palestiniens. (…)

FILMER LE MUR ISRAÉLO-PALESTINIEN

Marie Alix Prat,
rédaction supervisée par Marc Germanangue

 

Le mur israélo-palestinien est le fruit d’un conflit historique, dont le monde entier suit les évolutions, mais aussi d’une crise profonde des sociétés israélienne et palestinienne. C’est pourquoi montrer le conflit est devenu un enjeu crucial. A l’heure de la « guerre des Images », les effigies du mur jouent comme un catalyseur qui met en cause le conflit lui-même. Ainsi, des cinéastes ont décidé de le filmer pour dépeindre la réalité du mur et donc du conflit, pour montrer, témoigner et démontrer. Tous les films tournés dans cette région, même ceux qui se veulent apolitiques, parlent, en choisissant ce décor, de la situation politique et donc de la séparation opérée par le mur.

Ainsi, le regard que les populations portent sur le mur est étroitement lié à celui qu’ils portent sur le conflit. Il est le fruit d’une culture, d’une éducation. Alors comment le cinéma, qu’il soit israélien ou palestinien, montre-t-il le mur ? Comment peut-on traiter d’un sujet si délicat, qui appelle à la prise de position, à travers un instrument qui est avant tout technique ? Comment la manière de filmer le mur rend-t-elle compte d’une réalité qui est subjective et donc contradictoire, tout en étant fondée sur un fait, le mur, qui est lui objectif ? La manière d’appréhender le mur étant issue de tout un terreau historique, culturel et social, elle est fondamentalement liée à l’issue que l’on recherche pour le conflit. Si le cinéma montre la séparation opérée par le mur entre les deux peuples, mais aussi la scission du peuple palestinien, il illustre plus encore l’enfermement des deux pays dans une logique de défiance, que le mur révèle tel un miroir. (…)

LA DÉMOLITION DES HABITATIONS PALESTINIENNES À JÉRUSALEM-EST

Anwar Attawna

Résumé

La politique de démolition des habitations palestiniennes menée par l’Etat d’Israël depuis sa création et l’augmentation des ordres de démolition ces dernières années à Jérusalem-Est provoquent de vives contestations. Nombreuses sont les familles palestiniennes qui se sont retrouvées sans abri suite à cette politique de démolition. Selon les autorités israéliennes à Jérusalem, leurs maisons ont été démolies car leur construction n’était pas légale. Malgré l’opposition des Nations unies, la municipalité de Jérusalem poursuit ses politiques discriminatoires et agressives dans ses plans d’occupation du territoire en violation des droits de l’homme. Lire la suite

LA COMMUNAUTÉ ARABE D’ISRAËL, ENTRE INTÉGRATION ET RECONNAISSANCE

Christopher Dembik et Elisabeth Marteu

Résumé

Depuis quelques mois, des questionnements sont apparus sur la scène politique israélienne concernant la place des citoyens arabes au sein de la société multiculturelle israélienne. Les récents développements ont notamment eu trait à une campagne de stigmatisation orchestrée par Avigdor Lieberman pendant les législatives, fondée sur le slogan « Citoyenneté ou Fidélité », mais également à une proposition de loi présentée à la Knesset fin mai pour instaurer un service civil pour les arabes israéliens. Lire la suite

LES MÉDIAS DANS LA RÉCENTE CRISE DE GAZA : RÉVÉLATEUR DES CLIVAGES POLITIQUES RÉGIONAUX – Perspectives comparées : Egypte, Arabie Saoudite, Qatar, Syrie

Clémence Flusin,
rédaction supervisée par Mohammed El-Oifi

Résumé

La guerre de Gaza (décembre 2008 – janvier 2009) présente une dimension médiatique très forte. D’abord parce qu’Israël a interdit l’accès à Gaza à ses propres médias et aux médias étrangers, dans la volonté de ne pas reproduire le choc médiatique de 2006 au Liban. Ensuite, parce que la couverture médiatique du conflit dans le monde s’est révélée l’objet d’enjeux importants en termes de stratégies communicatives. Lire la suite