Archives pour la catégorie Articles de recherche

LE TRIBUNAL SPÉCIAL POUR LE LIBAN, UNE JURIDICTION PÉNALE INTERNATIONALE ?

Youssef Benkirane

Le 14 février 2005, un attentat à la voiture piégée, commis en plein cœur de Beyrouth, tue l’ancien Premier ministre libanais, Rafiq Hariri, ainsi que vingt-deux autres personnes et fait des dizaines de blessés. Institué pour poursuivre les personnes responsables de cet « acte terroriste », ainsi que d’une série de plus de seize attentats connexes ayant été commis depuis le 1er octobre 2004 et ayant tué quatorze personnalités politiques libanaises, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) est une juridiction d’un type nouveau difficile à qualifier. « De caractère international », conformément à la formule du Premier ministre libanais Fouad Siniora, cette juridiction, qui est entrée en fonction le 1er mars 2009, ne s’inscrit cependant pas dans le cadre habituel de la justice pénale internationale.

Le TSL fait partie des juridictions dites « internationalisées », « hybrides » ou encore « mixtes » qui relèvent d’une nouvelle approche de la justice pénale internationale. Ce type de tribunaux ont pour particularité d’être « mi-internes, mi-internationaux » au regard à la fois du droit qu’ils appliquent et de leur composition. Les tribunaux strictement internationaux sont créés par un instrument international, leur composition est plurinationale, ils appliquent le droit international et leurs décisions s’appliquent immédiatement sans nul recours à l’ordre juridique interne. En revanche, les tribunaux mixtes répondent en partie seulement à ces critères et dans des proportions variables. Par leur nature même, les tribunaux spéciaux peuvent être très divers et constituent chacun une expérience originale. Du Cambodge au Liban en passant par la Sierra Leone, le Kosovo et le Timor Oriental, les juridictions spéciales internationalisées recouvrent des réalités très différentes. Le TSL, bien que faisant partie de cette catégorie de juridictions, n’en reste pas moins un organe tout à fait original quant aux modalités de son institution et au dosage d’interne et d’international qu’il propose. Lire la suite

FILMER LE MUR ISRAÉLO-PALESTINIEN

Marie Alix Prat,
rédaction supervisée par Marc Germanangue

 

Le mur israélo-palestinien est le fruit d’un conflit historique, dont le monde entier suit les évolutions, mais aussi d’une crise profonde des sociétés israélienne et palestinienne. C’est pourquoi montrer le conflit est devenu un enjeu crucial. A l’heure de la « guerre des Images », les effigies du mur jouent comme un catalyseur qui met en cause le conflit lui-même. Ainsi, des cinéastes ont décidé de le filmer pour dépeindre la réalité du mur et donc du conflit, pour montrer, témoigner et démontrer. Tous les films tournés dans cette région, même ceux qui se veulent apolitiques, parlent, en choisissant ce décor, de la situation politique et donc de la séparation opérée par le mur.

Ainsi, le regard que les populations portent sur le mur est étroitement lié à celui qu’ils portent sur le conflit. Il est le fruit d’une culture, d’une éducation. Alors comment le cinéma, qu’il soit israélien ou palestinien, montre-t-il le mur ? Comment peut-on traiter d’un sujet si délicat, qui appelle à la prise de position, à travers un instrument qui est avant tout technique ? Comment la manière de filmer le mur rend-t-elle compte d’une réalité qui est subjective et donc contradictoire, tout en étant fondée sur un fait, le mur, qui est lui objectif ? La manière d’appréhender le mur étant issue de tout un terreau historique, culturel et social, elle est fondamentalement liée à l’issue que l’on recherche pour le conflit. Si le cinéma montre la séparation opérée par le mur entre les deux peuples, mais aussi la scission du peuple palestinien, il illustre plus encore l’enfermement des deux pays dans une logique de défiance, que le mur révèle tel un miroir. (…)