RÉVOLTES À BAHREÏN : une révolution avortée ?

Elsa Foucraut

Résumé

Depuis le 14 février 2011, Bahreïn a à son tour été secoué par une vague de manifestations et de contestation politique, qui s’apparente en grande partie aux émeutes dont le pays avait été témoin dans les années 1990. Rapidement, on a pu observer une radicalisation du mouvement, aussi bien dans le camp des opposants au gouvernement que chez les partisans du régime. Parallèlement, le conflit politique bahreïni est devenu un enjeu régional, que Riyadh semble déterminé à contrôler.

Cet article date d’avril 2011 et dresse une chronologie des événements jusqu’à l’intervention militaire de l’Arabie saoudite. Il les analyse au regard des enjeux intérieurs du régime et du contexte régional. À bien des égards, l’exemple de Bahreïn illustre les spécificités des monarchies pétrolières, dans lesquelles une combinaison de facteurs favorise la stabilité des familles royales au pouvoir.

Absract

On February 14th 2011, huge demonstrations and political protests erupted in Bahrain, resembling to a large extent the riots that shook the country in the nineties. Quickly, the movement radicalized, both among pro and antigovernement protesters. At the same time, the Bahraini political conflict became a regional issue, that Riyadh is determined to control.

This article, written in April 2011, draws a chronology of the events until the Saudi military intervention, and analyzes them in light of both domestic and regional context. To a large extent, Bahrain highlights the distinguishing nature of oil monarchies, where regime change is quite unlikely to happen due to a combination of social, economic and political factors.

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Article soumis au mois d’avril 2011.

Le 14 février 2011, Bahreïn est venu s’ajouter à la liste des pays arabes touchés par les secousses du séisme politique tunisien. En plein cœur de la capitale, Manama, les manifestants ont investi le rond-point de la Perle, rebaptisé pour l’occasion « place Tahrîr ». Au bout d’un mois d’incertitude politique, entre perspectives de négociations et radicalisation de chaque camp, l’intervention militaire de l’Arabie saoudite risque de plonger le pays dans une impasse politique durable et de réduire en miettes les espoirs des partisans de la démocratie et de la libéralisation politique.

Membre du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Bahreïn est un minuscule archipel relié à l’Arabie Saoudite par un pont, et qui constitue à bien des égards une exception au cœur de la Péninsule arabique. C’est à la fois l’État le plus petit et le moins riche en pétrole des six monarchies pétrolières du CCG et le seul de la région dont la population est en majorité chiite, bien que dirigée par la dynastie sunnite des Al Khalifah depuis 1783. De plus, la société civile dispose d’un réel espace[1] dans ce pays où la contestation politique et sociale est profondément ancrée dans la culture locale.

La situation actuelle à Bahreïn attise les peurs, suscite l’incompréhension et pose de nombreuses questions. Les chiites peuvent-ils prendre le pouvoir ? Les réformes politiques et économiques entamées par le pays depuis le début des années 2000 ont-elles échoué ? Est-ce que l’Arabie saoudite et l’Iran cherchent à se livrer à Bahreïn une guerre à distance ? Qui sont les forces d’opposition impliquées dans le mouvement ? Un compromis politique est-il encore envisageable ? Comment comprendre l’intervention militaire de l’Arabie saoudite ?

Cet article retrace d’abord la chronologie des évènements et les analyse au regard du contexte politique local et régional. Ainsi, il nous semble nécessaire de prendre en compte les rapports de force locaux ainsi que les divisions internes au sein de la famille royale, et de comprendre ce qui fonde la spécificité politique des monarchies pétrolières du Golfe. Enfin, nous verrons que les facteurs chiite et iranien animent une paranoïa diplomatique chez les pays voisins qui oriente leurs décisions de politique étrangère régionale, influence la couverture médiatique du conflit par les médias arabes et donne un nouveau rôle au CCG, même si l’importance du facteur confessionnel est à nuancer.

Résumé d’un mois et demi de contestation et de répression

Occupation du rond-point de la Perle sur fond de répression violente

Le conflit actuel a démarré le 14 février 2011, sous l’impulsion de plusieurs forces politiques, syndicales et d’associations de jeunes militants, inspirées par les mouvements tunisiens et égyptiens. Dès le deuxième jour du mouvement, au moins 3000 personnes avaient installé leurs tentes sur le rond-point de la Perle. Ces premiers jours de contestation se sont révélés particulièrement violents, avec quatre morts et des dizaines de blessés dès la première semaine, l’armée n’ayant pas hésité à déloger les manifestants du rond-point au petit matin, alors que la plupart dormaient encore. Pour protester contre cet usage de la violence, les députés chiites modérés d’al-Wefaq, principale force d’opposition du pays et seul parti véritablement organisé et structuré du CCG, ont quitté le Parlement, alors que d’énormes cortèges se formaient le vendredi pour célébrer les funérailles des victimes.

Les revendications étaient au départ imprécises : au-delà de slogans appelants à l’unité nationale, les manifestants réclamaient la fin de la corruption et de la répression, ainsi que des réformes constitutionnelles significatives, mais sans mentionner nommément la famille Al Khalifah. Seul le premier ministre, Cheikh Khalifah bin Salman Al Khalifah, faisait l’objet de quelques attaques directes. Frère de l’ancien Émir Cheikh ‘Isa et oncle du roi actuel, il est en effet détesté par toute l’opposition pour laquelle il incarne la répression du long (1994-98) soulèvement populaire des années 1990. Rapidement, cependant, les slogans ont évolué pour s’attaquer directement à la famille Al Khalifah et au régime dans son ensemble, à mesure que la répression s’intensifiait.

Échec des appels à la négociation et radicalisation du mouvement

Afin de calmer les tensions, le prince héritier Cheikh Salman bin Hamad Al Khalifah s’est adressé à la nation dans un discours télévisé, afin d’appeler l’opposition à négocier. Peu avant, il avait ordonné le retrait de l’armée (qu’il contrôle, en tant que chef des forces armées). Néanmoins, ses appels à la négociation se sont révélés infructueux. En effet, l’opposition n’a cessé de réclamer des garanties et d’exiger la démission du premier ministre comme pré-condition à l’ouverture du dialogue.

Le limogeage de quatre ministres, dont deux membres de la famille Al Khalifah, le 19 février, et la libération de prisonniers politiques le 21 février n’ont pas réussi non plus à apaiser les tensions, pas plus que les promesses de construire des milliers de logements sociaux. Au contraire, les manifestations ont rassemblé jusqu’à 100 000 personnes au plus fort du mouvement.

Parallèlement, on a pu observer une radicalisation du mouvement, aussi bien dans le camp des opposants au gouvernement que chez les partisans du régime. Les premiers se sont progressivement divisés entre d’un côté les promoteurs d’une monarchie constitutionnelle, ouverts aux propositions de négociation sous conditions, et d’un autre côté les forces d’opposition plus radicales, réclamant la chute pure et simple de la famille Al Khalifah et l’instauration d’une république. Les principaux groupes radicaux (à savoir les mouvements al-Haq d’Hassan Meshaima, al-Wafa d’Abdulwahab Hussein, et le Bahrain Freedom Movement basé à Londres) se sont officiellement alliés le 8 mars.

De leur côté, les partisans du gouvernement ont eux aussi multiplié les manifestations, usant de slogans parfois très hostiles et violents à l’égard des manifestants et n’hésitant pas à brandir les drapeaux des autres pays du CCG. Organisés au sein du Bloc d’unité nationale et représentés par Abdullatif al-Mahmood, ces manifestants forment un ensemble hétéroclite, quasi exclusivement sunnite, allant des islamistes sunnites (salafistes et Frères Musulmans, tous les deux proches du régime à Bahreïn) aux citoyens non politisés tout simplement partisans d’un retour au statu quo. Ils invoquent principalement les manipulations supposées de l’Iran et l’existence d’une « majorité silencieuse », loyale au régime et hostile à l’instabilité politique et aux manifestations. Ils fustigent également les conséquences négatives du mouvement sur l’économie du pays, craignant notamment que Bahreïn perde son statut de centre financier du Golfe, évoquant le risque d’un scénario à la libanaise[2]. Plusieurs slogans affichés dans les rangs de ces manifestants laissent penser qu’une grande partie d’entre eux était explicitement favorable à la répression, perçue à leurs yeux comme un moindre mal et comme la moins mauvaise des solutions.

La tension entre ces deux camps a atteint son comble le 11 mars, lorsque la marche vers le palais présidentiel d’Al Riffai, organisée par les manifestants d’opposition, a été accueillie par des partisans du régime armés de haches.

Intervention militaire de l’Arabie saoudite

Dès le début, il est clair que les voisins arabes de Bahreïn ont observé en détail et avec inquiétude l’évolution des évènements sur place. Le 23 février, le roi Hamad s’est rendu en visite officielle en Arabie saoudite, puis deux jours de rencontre ont réuni le prince héritier de Bahreïn et le prince Nayef d’Arabie saoudite. Il ne fait aucun doute que Riyad a joué un rôle diplomatique important et a tenté d’influencer l’évolution des évènements dès le début.

Dès les premiers jours, les membres du CCG se sont réunis lors un sommet exceptionnel, au cours duquel ils ont apporté leur soutien total à Bahreïn, au nom de l’« indivisibilité de la sécurité et de la stabilité du CCG ». Suite aux premières montées de fièvre à Oman, les quatre autres membres de l’organisation ont envisagé de mettre en place un « plan Marshall du Golfe » afin de permettre aux dirigeants de ces deux pays de se maintenir au pouvoir grâce à des largesses politiques et économiques.

Le 14 mars, 2000 soldats du CCG, en grande majorité venus d’Arabie saoudite, sont entrés dans Bahreïn, sous le prétexte officiel de protéger les bâtiments officiels du pays. La perspective d’une intervention militaire saoudienne, évoquée comme une hypothèse de dernier recours, a surpris, car ce scénario restait improbable aux yeux de beaucoup.

Sans surprise, les forces militaires ont rapidement réussi à déloger les manifestants campant sur le rond-point de la Perle, au terme d’une évacuation violente. Symboliquement, le monument de la Perle a été détruit le 18 mars. De nombreux activistes ont été arrêtés ou assignés à résidence dans la foulée, notamment Ebrahim Sherif, leader sunnite du parti libéral al-Waad, ainsi que Nabeel Rajab et Abdulhadi al-Khawaja, deux défenseurs actifs des droits de l’homme très visibles dans le pays, et Mansour al-Jamri, rédacteur en chef du principal journal d’opposition du pays. Selon le Bahrain Center for Human Rights, près de 400 personnes ont été arrêtées ou sont portées disparues depuis le début du mouvement.

Un conflit récurrent et fortement enraciné dans le contexte politique local

Des espaces de contestation uniques dans le Golfe

De tous les soulèvements récents du monde arabe, Bahreïn est peut-être celui qui aura le moins surpris les observateurs avertis. À Bahreïn, plus qu’ailleurs dans le monde arabe, la contestation politique est récurrente et les signes visibles du mécontentement font partie du quotidien. Par exemple, rien de plus fréquent que le blocage d’une route par des pneus brûlés, en signe de protestation politique. Les émeutes régulières ont repris en 2006, lorsque le parti al-Wefaq a décidé de participer aux élections : en transformant le parti en « opposition institutionalisée », cette décision a directement contribué à radicaliser toute une partie de l’opposition. Dans les villages chiites, où les murs sont couverts de slogans explicitement anti régime et de portraits des leaders de l’opposition, des affrontements violents entre les jeunes et la police ont lieu pratiquement chaque jeudi et vendredi soir. Ne serait-ce que la veille du 14 février, un mariage dans le village chiite de Karzkan s’était transformé en manifestation politique improvisée et spontanée, qui s’est soldée par des affrontements avec la police et plusieurs blessés.

Par ailleurs, de nombreuses « majâlis »[3] servent d’espaces de débat et de socialisation politique, dans un esprit souvent contestataire. Quels que soient les positionnements et les stratégies propres à chaque groupe politique, aucun ne peut se passer de ces formes de contestations informelles ancrées dans le quotidien des Bahreïnis et perçues comme un rejet ou un contournement du faible pouvoir laissé aux chiites au Parlement[4].

Un retour au soulèvement des années 1990 ?

Au-delà de ces évènements ordinaires du quotidien sur l’île de Bahreïn, la situation actuelle fait suite à plus de six mois de tensions croissantes entre le gouvernement et les chiites. En août 2010, 23 activistes notoires avaient été arrêtés et les forces d’opposition se plaignaient d’un durcissement croissant des conditions d’exercice de leurs droits civils et politiques dans le pays. Les dernières élections de l’automne 2010 s’étaient déroulées dans un climat de forte tension politique.

Ainsi, le mouvement actuel s’inscrit dans le prolongement de ces mois de durcissement politique, qui semblent marquer la fin d’une décennie de réformes engagées par le roi Hamad depuis le début des années 2000. Or, dans ce contexte, les similitudes entre la situation actuelle et les soulèvements populaires des années 1994 – 1999 sont flagrantes[5].

Une bonne partie des leaders politiques actuels, quel que soit leur positionnement , ont émergé à cette époque et leurs revendications ont peu évolué. De plus, les nombreux jeunes qui avaient participé au mouvement[6] ont aujourd’hui une trentaine d’années, ce qui laisse penser qu’une bonne partie des manifestants actuels s’est déjà mobilisée il y a quinze ans et s’est socialisée politiquement dans ce contexte particulier. Cela n’empêche pas l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes militants, mais celle-ci reste inspirée par les leaders des années 90 : par exemple le président de l’association Bahrain Youth Society for Human Rights a 23 ans, mais nombreux sont ceux parmi les autres membres qui ont participé aux évènements des années 90.

Autrement dit, contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, où l’on a vu émerger une contestation populaire hors des partis politiques classiques, portée par une jeunesse non encartéé, les émeutes de Bahreïn restent dominées par les espaces de socialisation politique et les institutions d’opposition qui ont prédominé au cours des deux dernières décennies.

Sur le fond, on constate que dans les années 1990 tout comme aujourd’hui, le débat s’était focalisé sur des enjeux constitutionnels. À l’époque, 20 000 personnalités avaient signé une pétition appelant au rétablissement de la constitution de 1973 (suspendue en 1975). Les autres revendications concernaient, hier comme aujourd’hui, la discrimination envers les chiites, la corruption, et les libertés civiles et politiques.

Cette période d’instabilité politique intense s’était terminée en 1999, à la mort du précédent monarque l’Émir ‘Isa. Son fils Hamad[7] avait alors entamé une politique d’ouverture et de dialogue vis-à-vis de l’opposition (notamment avec Cheikh ‘Ali Salman, leader du parti al-Wefaq). Parallèlement, Hamad avait promis verbalement de revenir à la constitution de 1973[8], établissant à cet effet un Comité national suprême composé de 46 membres nommés par décret, chargés de préparer une Charte nationale. Les délibérations de ce comité, publiques et couvertes par la presse, étaient dirigées par le prince héritier, Cheikh Salman bin Hamad. Le gouvernement avait également ordonné la libération de tous les prisonniers politiques, aboli la Loi de sécurité nationale et fait passer une loi d’amnistie générale.

La Charte nationale, plébiscitée à plus de 98 % par référendum, proposait que Bahreïn devienne une monarchie constitutionnelle dotée d’un Parlement bicaméral constitué d’une chambre élue et d’une chambre nommée. En réalité, le texte de la Charte restait particulièrement vague, notamment sur la question des modalités autour desquelles le Parlement serait constitué. Le contexte politique s’est rapidement détérioré, car la constitution de 2002, promulguée par le Roi après le référendum sans consultation ou négociation avec les acteurs de la société civile, limitait finalement le pouvoir législatif, contrairement à ce que l’opposition avait compris des promesses royales[9]. De plus, des mesures annexes de découpage électoral et de naturalisations à caractère politique d’étrangers sunnites ont rendu pratiquement impossible l’hypothèse d’une majorité chiite au Parlement[10].

Ces réformes politiques et économiques en trompe-l’œil sous l’ère du roi Hamad ont façonné la vie politique du pays au cours de la décennie passée. À bien des égards, le roi semblait avoir résolu le difficile « dilemme du roi » d’Huntington[11], en parvenant à renforcer son propre pouvoir au sein de la famille royale tout en conduisant des réformes top-down semi-autoritaires[12]. Néanmoins, cet épisode n’a cessé de nourrir les méfiances de l’opposition, qui s’est sentie trompée. La division actuelle en son sein, entre les partisans d’une monarchie constitutionnelle et les anti-Khalifah, reflète en réalité une dichotomie plus profonde entre les forces d’opposition ayant participé aux élections – et donc, d’une certaine manière, donné une certaine légitimité aux institutions – et les partisans du boycott.

Malgré tout, le rétablissement du Parlement a contribué à faire passer Bahreïn pour l’État du CCG le plus avancé en matière de libéralisation politique. En parallèle, le pays a entamé de vastes programmes de réformes socio-économiques ambitieuses, à la fois pour moderniser le pays, mais également afin de trouver des solutions au problème du chômage qui constitue une bombe socio-politique. Malgré les chiffres officiels publiés par le Ministère du Travail (moins de 4% de chômage), le taux réel estimé s’élève plutôt à environ 15%[13], et ne prend pas en compte les problèmes de sous-emploi subi, c’est-à-dire les situations de personnes employées à des postes en-dessous de leurs attentes (en termes de niveau de compétence ou de salaires) ou à temps partiel.

Le facteur chiite

Indéniablement, la présence d’une majorité chiite dans le pays constitue une spécificité importante de Bahreïn. Les manifestants anti gouvernement sont majoritairement chiites, mais pas exclusivement, même si la quasi-totalité des radicaux appelant à la chute de la famille Al Khalifa est de confession chiite. A l’inverse, les manifestants progouvernements sont majoritairement de confession sunnite, et les partis salafistes, proches du régime à Bahreïn, jouent un rôle de taille dans les manifestations progouvernementales

Selon l’opposition chiite, la discrimination serait massive et généralisée, en particulier pour accéder aux emplois publics. Le phénomène est indéniable, mais difficile à mesurer, puisque l’on trouve aussi bien des familles chiites riches et puissantes que des sunnites discriminés pour raisons politiques. Il semble important de rappeler que la société bahreïnie est trop hétérogène pour se résumer à une division entre sunnites et chiites, avec notamment une population persane importante (20 à 30 % de la population nationale)[14], composée à la fois de sunnites et de chiites et qui forment un groupe relativement autonome[15] même s’il n’y a pas d’accord à Bahreïn sur ce qui est « persan »[16].

La discrimination ne fait aucun doute pour les forces de sécurité (police, armée, douanes), qui sont principalement constituées d’étrangers (Syriens, Jordaniens, Yéménites, Soudanais, Irakiens et Pakistanais sunnites), et d’une minorité de citoyens bahreïnis sunnites. Il en va de même dans les ministères dits « sensibles » (finance, intérieur, défense), quasiment fermés aux chiites, même si d’autres ministères nettement moins stratégiques sont réputés pour embaucher en majorité des chiites (notamment celui de la Santé).

Ainsi, le facteur chiite joue un rôle indéniable dans les logiques de mobilisation. Les villages chiites sont davantage mobilisés politiquement que le reste du territoire. Néanmoins, il convient de nuancer l’importance de ce facteur : sur le rond-point de la Perle, l’un des slogans les plus populaires était : « Ni chiite, ni sunnite, seulement bahreïni ». Parmi la partie réformiste de l’opposition, on retrouve de nombreux activistes politiques sunnites, comme le leader du parti libéral al-Waad, Ebrahim Sherif, ou l’intellectuelle Munira Fakhro. En pratique, al-Wefaq et al-Waad ont tous les deux siégé au Parlement et se sont alliés à plusieurs reprises sur des sujets économiques ou de réforme démocratique, bien que leurs agendas politiques puissent diverger.

Enfin, il convient de rappeler que les mouvements chiites de Bahreïn, à l’image des autres pays de la région, ont largement adapté leurs stratégies, leurs identités et leurs discours depuis le début des années 1990 : même s’il ne fait aucune doute que les clercs chiites conservent une forte influence, la politique est autonome du champ religieux et les clercs sont contraints de s’adapter au contexte politique local et de prendre en compte les exigences politiques de la base, comme on a pu l’observer depuis les élections de 2002[17].

Pour toutes les raisons susmentionnées, le facteur chiite doit être analysé avec prudence bien qu’il s’agisse d’une donnée incontournable et propre à Bahreïn. Il serait faux de réduire le conflit actuel à de simples clivages confessionnels, malgré les efforts de propagande qui vont dans ce sens. Il s’agit au contraire d’une superposition de trois conflits distincts, l’un politique, le deuxième économique (demande de meilleures conditions socio-économiques, sans forcément remettre en cause la nature du régime), et le dernier communautaire. Ainsi, dans cette configuration, rien ne s’oppose par exemple à ce que les sunnites laïcs se mobilisent et participent au mouvement au nom des deux premières strates du mouvement alors que d’autres s’y engageront pour des raisons confessionnelles.

Les raisons de l’escalade et de l’impasse

Bahreïn, une monarchie pétrolière

Malgré la diversification économique entamée dans les années 1960 et 1980[18] et l’épuisement annoncé à moyen terme de ses ressources pétrolières et gazières[19], Bahreïn reste un État rentier, au sens où les ressources de l’État sont encore largement issues du pétrole : on estime en effet que 67 %[20] du budget de l’État provient du pétrole (chiffre datant de 2001). Si l’on utilise les variables per capita[21], Bahreïn entre dans la même catégorie que l’Arabie saoudite et Oman, bien en deçà du Koweït, du Qatar et des Émirats arabes unis, mais nettement au-dessus de l’Iran, de l’Algérie ou du Venezuela.

Jusqu’à présent, la littérature sur l’État rentier s’accorde sur l’idée que le pétrole constitue un frein à la démocratie[22]. Cette hypothèse a été expliquée par trois types d’arguments. D’abord, les États rentiers sont autonomes vis-à-vis de leurs sociétés, car ils n’ont pas besoin de recourir à l’impôt et fondent ainsi leur légitimité sur la redistribution. Ainsi, il n’y a pas d’impôt direct à Bahreïn, en dehors de quelques taxes spécifiques sur l’alcool ou l’emploi d’étrangers par exemple. Le deuxième type d’argument porte sur les dépenses de ces États, qui ont la capacité d’acheter la paix sociale, notamment via tout un système de protection sociale très généreux, et/ou de réprimer l’opposition comme le montrent le niveau très élevé de dépenses dans les domaines de la sécurité intérieure et de la défense. Enfin, du point de vue de la société, les revenus du pétrole impactent les structures de classe au sein de la société et freinent l’émergence d’une classe entrepreneuriale et d’une classe moyenne indépendante de l’Etat.

Dans ce schéma, Bahreïn se situe dans une configuration particulière. La société et l’économie restent calquées sur un modèle de monarchie pétrolière classique, mais l’épuisement des réserves fait que l’État n’a plus la capacité de se comporter pleinement comme tel et les marges de manœuvre du gouvernement sont limitées. Certes, chaque famille bahreïnie a reçu un don gouvernemental de 2700 dollars deux jours avant le début du mouvement, dans le but d’apaiser les tensions, à l’image de l’Arabie Saoudite qui a su lever 37 milliards de dollars, mais cela n’a pas permis d’apaiser les tensions

L’enjeu pour la famille Al Khalifa est alors de réussir à se maintenir au pouvoir malgré tout, autrement dit de réussir à rester autonome tout en conservant la capacité d’« acheter » la société et de tisser ou entretenir des liens clientélistes et paternalistes entre le dirigeant et son peuple. On en revient ici au « dilemme du roi » évoqué précédemment : les logiques de survie du régime l’emportent largement sur les autres.

Le fait que Bahreïn soit une monarchie pétrolière réduit la probabilité d’un renversement de régime. Contrairement aux Républiques arabes (Tunisie, Égypte) ou aux monarchies marocaines et jordaniennes, les monarchies du Golfe ne sont pas constituées d’un président ou d’un roi puissant, représentant des groupes d’intérêt (notamment l’armée). Comme l’ont montré Jill Crystal[23] et Michael Herb[24], les familles royales à la tête des monarchies du Golfe peuvent pratiquement être assimilées à l’Etat lui-même. Ces pays ont en effet acquis leurs indépendances tardivement et les familles royales constituaient alors la seule proto-institution de taille suffisante sur laquelle fonder les bases d’un État solide, et cette logique perdure jusqu’à aujourd’hui sous l’effet d’une volonté dynastique de préserver le pouvoir et la rente pétrolière aux mains d’un seul groupe social.

Ainsi, un changement de régime peut difficilement être progressif. Faire chuter le roi Hamad ne ferait en rien faire chuter la famille Al Khalifah, et les monarques ont tout à perdre si des réformes substantielles venaient concurrencer leur monopole ou diminuer leur pouvoir et leur mainmise sur l’État[25].

Un premier ministre inamovible ?

Au cours des années 1990, l’image du premier ministre Cheikh Khalifa s’est considérablement détériorée aux yeux de la population, au point que son départ était mis en avant comme une condition sine qua non à l’ouverture de négociations. Il s’agit là d’une des raisons de l’impasse politique puisque son départ semble inenvisageable, tout simplement parce que le roi et le prince héritier n’ont probablement pas la capacité politique de le limoger, en dépit de plus de dix ans de rivalités intrafamiliales.

À la mort de Cheikh ‘Isa en 1999, Cheikh Khalifa a été maintenu dans son poste de premier ministre. La plupart des commentateurs s’accordaient à dire qu’il existait alors un accord tacite autour de la succession au sein de la famille régnante : alors que le fils de l’émir, le futur roi Cheikh Hamad, endosserait une fonction diplomatique et cérémoniale, le pouvoir effectif reviendrait au premier ministre qui continuerait de garder la mainmise sur les affaires économiques et sur la conduite du gouvernement[26]. Comme nous l’avons vu, Hamad a finalement réussi à s’imposer sur son oncle, au terme de ce qu’on qualifie parfois de « révolution blanche ».

La récurrence des rivalités entre oncle et neveu s’explique notamment par les règles de la succession. Bahreïn est en effet le seul pays du Golfe à appliquer le principe de primogéniture, une pratique imposée par les Anglais au XIXe siècle[27]. Dans les autres pays de la région, il serait impossible pour un souverain de prendre le pouvoir sans le consentement explicite du reste de la famille et la passation de pouvoir se fait souvent de frère en frère (alternance de matrilinéarité), si bien que le premier ministre aurait très probablement été porté au pouvoir.

Le mode de transmission du pouvoir à Bahreïn, conjugué au pouvoir et à l’influence dont disposait Cheikh Khalifa, a obligé le nouveau roi Hamad et son fils le prince héritier à engager des réformes et à s’ouvrir partiellement à la société civile, afin de s’imposer contre le clan du premier ministre et se garantir ainsi une légitimité accrue et une autonomie dans le processus de prise de décision vis-à-vis du reste de la famille et des élites gouvernantes en place[28]. Pour autant, le premier ministre a toujours conservé une influence et un pouvoir importants dans les affaires du pays, notamment sur la scène économique, grâce à ses puissants réseaux et à sa richesse considérable.

Ainsi, une anecdote populaire à Bahreïn consiste à dire qu’il existe trois gouvernements dans le pays : celui du roi (Cour royale), celui du premier ministre (via son Majlis) et celui du prince héritier (via l’Economic Development Board, qu’il a fondé et qui est considéré comme un gouvernement dans le gouvernement). Les rapports de force entre ces trois pôles du pouvoir sont par nature mouvants et évolutifs, et donc évidemment difficiles à commenter avec précision, mais la situation actuelle illustre à quel point le premier ministre dispose d’une emprise forte sur une partie de la famille royale. Il semblerait qu’il soit inamovible, bien qu’il soit encore trop tôt pour analyser ce que signifie son silence assourdissant[29]. Le roi et le prince héritier ne disposent pas des ressources de légitimité suffisantes pour l’écarter du pouvoir, lui ainsi que ses partisans, et ce scénario est difficilement envisageable.

À l’inverse, la stratégie d’ouverture partielle et de réformes semi-autoritaires du roi n’a pas fonctionné pleinement, puisqu’elle n’a pas permis d’empêcher le mouvement de révolte actuel, ce qui l’a probablement affaibli au sein de son propre camp. Le roi et le premier ministre sont tous les deux piégés entre d’un côté un besoin d’ouvrir le dialogue et de réaliser des réformes pour calmer l’opposition et ne pas perdre leur légitimité, et d’un autre les contraintes imposées par le cadre familial. Le grand écart semble tel qu’un compromis est difficile, voire impossible, à envisager. Là réside l’une des principales causes de l’impasse politique actuelle.

Obstacles militaires et dépendance politique et économique envers l’Arabie saoudite

À l’instar de la plupart des autres armées du Golfe, l’armée et les forces de sécurité de Bahreïn sont constituées en majorité d’étrangers. Contrairement à la Tunisie et à l’Égypte, où les armées ont joué un rôle clé dans le processus révolutionnaire, la combinaison des facteurs « étrangers contre nationaux » d’un côté et « sunnites contre chiites » de l’autre qui caractérisent le recrutement de l’armée nationale à Bahreïn constitue un obstacle de taille pour l’opposition. Les éléments étrangers de l’armée sont en effet généralement considérés comme parfaitement loyaux au régime.

Toutefois, étant donné la tournure récente des évènements, l’analyse se tourne davantage sur le rôle de l’armée saoudienne et des forces du CCG ainsi que sur les logiques ayant conduit au déploiement de ces troupes sur le territoire de Bahreïn.

Le premier élément d’analyse est l’état de dépendance économique et politique entre Bahreïn et l’Arabie saoudite, qui explique que Bahreïn parvienne à rester un État rentier malgré l’épuisement de ses ressources. Ainsi, il serait plus exact de qualifier Bahreïn d’« État rentier dépendant », puisque l’Arabie saoudite l’autorise à exploiter le champ saoudien offshore d’Abu Saafa (150 000 barils par jour[30], soit 80 % de la production de pétrole de Bahreïn). Cette dépendance économique n’est évidemment pas sans conséquence politique : Riyad dispose d’un droit de regard et d’ingérence dans les affaires du pays qui ne peut plus aujourd’hui faire le moindre doute.

Or, pour Riyad, la priorité géopolitique absolue est de faire rempart à un renversement du pouvoir à Bahreïn. Ainsi, l’Arabie Saoudite s’est servi des forces du CCG pour envoyer un signal fort et indiquer à toutes les forces sociales du Golfe qu’elle ne tolèrerait aucune révolution, que ce soit à Bahreïn, sur son propre territoire ou ailleurs dans le Golfe.

Les peurs saoudiennes sont démultipliées par la crainte d’une prise de pouvoir éventuelle des chiites, et ce pour deux raisons. La première est la peur de voir la contestation s’étendre au territoire saoudien, en particulier aux provinces de l’est du pays, proches de Bahreïn, qui concentrent à la fois les plus grosses communautés chiites ainsi que les ressources pétrolières les plus importantes. Ces populations souffrent plus ou moins des mêmes problèmes que leurs homologues bahreïnis : marginalisation politique, discrimination et moins bonnes conditions socio-économiques en moyenne. Dans la ville de Qatif, cœur de la contestation dans cette région, des manifestations – sévèrement réprimées – ont éclaté le 18 mars, soit quelques jours après l’intervention saoudienne à Bahreïn ; au-delà de demandes plus spécifiques – en proie à un mouvement important de contestation depuis le début du mois de mars -, au sujet notamment des prisonniers politiques, l’un des slogans scandé faisait cette fois explicitement référence à Bahreïn : « Un peuple, pas deux peuples, le peuple de Qatif et Bahreïn ! ».

Le second facteur d’explication relève d’une forme de paranoïa vis-à-vis de l’Iran. Pourtant, en dépit des accusations formulées par les partisans du régime actuel et par l’Arabie saoudite, rien ne prouve que l’Iran soit impliqué d’une manière ou d’une autre dans le soulèvement bahreïni et les forces d’opposition chiites n’ont cessé de revendiquer leur indépendance et leur loyauté nationale. Bien au contraire, tout porte à croire que Téhéran est trop inquiet des risques de soulèvement sur son propre territoire pour songer à jouer un quelconque rôle à Bahreïn à l’heure actuelle. Néanmoins, la politique étrangère régionale de l’Arabie Saoudite est en grande partie déterminée par sa volonté de combattre l’Iran à distance, ce qui semble passer par une lutte contre l’éventualité d’une prise de pouvoir par les chiites à Bahreïn.

La paranoïa de l’Arabie saoudite et du GCC vis-à-vis des chiites de Bahreïn n’est pas le seul fait du gouvernement, mais s’étend à une proportion importante de l’opinion publique. Cela se reflète dans la couverture médiatique des évènements. Si la chaîne qatarie al-Jazeera conserve un positionnement modéré et relativement neutre sur les évènements – nettement moins engagé qu’elle ne l’a été sur la Tunisie, l’Égypte et la Libye – la chaîne saoudienne al-Arabiyah se fait quant à elle le relais des pires rumeurs et théories de la conspiration quant au rôle néfaste qu’auraient l’Iran et les mouvements chiites sur Bahreïn. Le journal panarabe al-Hayat, appartenant au prince saoudien Khalid bin Sultan, a quant à lui présenté une couverture relativement équilibrée des évènements, mais plusieurs intellectuels s’y sont livrés à des éditoriaux ouvertement antichiites.

L’intervention militaire de l’Arabie saoudite et du CCG à Bahreïn illustre le rôle réel que les armées du Golfe peuvent être amenées à jouer. Après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, les pétromonarchies arabes sont progressivement devenues les plus gros acheteurs d’armement militaire dans le monde[31]. Or le CCG a été fondé en 1981 avant tout pour se protéger contre la menace iranienne, comme en témoignent les quantités faramineuses d’argent versées à Saddam Hussein dans les années 1980 pour l’aider à envahir la République islamique lors de la première guerre du Golfe[32]. Autrement dit, l’intervention à Bahreïn a surpris, mais elle n’est pas incohérente avec l’équilibre géopolitique régional, d’autant plus que cette organisation a été un outil de taille au service des ambitions impérialistes de l’Arabie saoudite sur la région[33].

Néanmoins, ces armées ont toujours été ambigües : au-delà d’un souci de protection vis-à-vis des menaces extérieures, les dirigeants se sont bien gardés d’en faire des forces armées efficientes et de créer un réel corps d’officiers nationaux, afin de contenir tout risque de coup d’État[34]. Pour bien comprendre les logiques de l’intervention militaire à Bahreïn, il faut donc se souvenir que les forces militaires du Golfe ont donc été pensées pour faire face à la fois aux menaces intérieure et extérieure.

Conclusion

A tous égards, les évènements de Bahreïn diffèrent sensiblement de ce qui a pu se passer en Egypte et en Tunisie, même si les départs de Mubarak et Ben Ali ont été l’étincelle qui a déclenché l’embrasement du pays. Les récentes émeutes étaient prévisibles, dans la mesure où elles s’inscrivent dans un contexte domestique particulier où la contestation politique est constante depuis deux décennies. L’exemple de Bahreïn illustre les spécificités des monarchies pétrolières, dans lesquelles une combinaison de facteurs favorise la stabilité des familles royales au pouvoir (obstacles inhérent au modèle de l’Etat rentier, culture politique tribale, armées constituées d’étrangers, etc.). A l’heure où cet article est écrit, il semble que le soulèvement soit étouffé, notamment sous l’effet de l’intervention militaire saoudienne, mais la contestation est encore vive et brûlante.

Les évènements ont pris une nouvelle ampleur à partir du 14 mars, lorsque les forces militaires du CCG sont intervenues dans le pays. Le conflit à Bahreïn est devenu un enjeu régional, que Riyadh semble déterminé à contrôler et pourrait bien utiliser. L’impasse politique qui semble se dessiner à Bahreïn pourrait ainsi avoir des conséquences importantes sur l’équilibre régional, ainsi que sur les processus de réforme économique et politique à l’œuvre dans la région depuis une décennie.


[1] À Bahreïn, les associations, les partis et les syndicats existent et foisonnent. On en dénombrerait plus de 460 dans des domaines variés (politique, syndical, caritatif, professionnel, culturel, etc) selon Edward Burke, « Bahrain : reaching a threshold », FRIDE working paper, Avril 2009.

[2] Bahreïn s’est progressivement imposé comme le centre financier du Moyen-Orient depuis les années 80, et ce malgré la concurrence des zones franches de Dubaï. Il est généralement admis que Bahreïn a remplacé Beyrouth, que de nombreuses institutions financières avaient quitté dans le contexte de la guerre civile libanaise. Malgré sa prédominance, les récentes révoltes à Bahreïn pourraient remettre en cause la confiance accordée par les institutions financières à la stabilité du pays (principal critère d’implantation) et bénéficier à Dubaï et, éventuellement, Doha. Dans ce contexte, l’agence de notation Standards&Poors a abaissé la note souveraine de Bahreïn à trois reprises, signe de cette inquiétude croissante. De plus, il faut savoir que les manifestants avaient bloqué l’accès  au Financial Center, le principal immeuble d’affaires du pays où siègent plusieurs investisseurs.

[3] Les « majâlis » sont des salles réservées au débat et aménagées dans des maisons privées. Les « majâlis » des personnalités influentes jouent donc un véritable rôle politique dans le pays. Les députés d’al-Wefaq aussi bien que le premier ministre disposent de leur prore « majlis ». On retrouve ce système partout dans le Golfe, tout particulièrement au Koweït où l’on parle plus facilement de « diwaniya ». Voir Laurence Louër, « Changez ou vous serez changés : démocratisation et consolidation de l’autoritarisme dans le Golfe », Politique étrangère 4/2005 (Hiver), p. 769-780, www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2005-4-page-769.htm.

[4] Katja Niethammer, « Voices in Parliament, Debates in Majâlis and Banners on streets. Avenues of political participation inBahrain », European University Institute Working Paper RSCAS n°2006/27,Florence.

[5] Pour plus de détails sur les émeutes des années 1990, voir notamment : Peterson J., « Bahrain : the 1994-1999 uprising », Arabian Peninsula Background Notes, APBN-002, janvier 2004 ; Munira Fakhro, « The Uprising in Bahrain: An Assessment », in Gary G. Sick and Lawrence G. Potter, eds., The Persian Gulf at the Millennium: Essays in Politics, Economy, Security, and Religion, (New York: St. Martin’s Press, 1997), pp. 167-188

[6] Laurence Louër, Le compromis des élites, op. cit.

[7] Cheikh Hamad ne porte le titre de roi que depuis 2002.

[8] À l’indépendance du pays en 1971, un Parlement avait été instauré, dissous en 1973, avec une constitution jugée plus démocratique et plus satisfaisante (que la constitution actuelle ?).

[9] Peterson J., « Bahrain : reform – promise and reality », in Teitelbaum J. Political liberalization in thePersian Gulf.ColumbiaUniversity Press, 2009

[10] Abdulhadi Khalaf et Giacomo Luciani, « Constitutional Reform and Political Participation in the Gulf », Mars 2006,GulfResearchCenter, Dubaï.

[11] Dans un ouvrage de 1968, Samuel Huntington mettait en avant le dilemne auquel font face les monarques engages dans une démarche de modernisation : mettre en œuvre des réformes – notamment économiques – sans que celles-ci n’impliquent un transfert de pouvoir. Samuel Huntington, “Political Order in changing societies”, Yale University Press, 1968; et Marina Ottaway and Michele Dunne, “Incumbent regimes and the King’s dilemma in the Arab World”, Carnegie papers, Carnegie Endowment for International Peace Middle East Program, No. 88, 2007, http://carnegieendowment.org/files/cp88_ruling_parties_final1.pdf,.

[12] Burke, op.cit.

[13] Les chômeurs enregistrés auprès du Ministère du Travail ne représentent que 24,2% des chômeurs recensés par l’OIT dans l’Enquête de Main d’oeuvre (Labor Force Survey) de 2004. Le chiffre de 15%  est l’ordre de grandeur généralement repris par les sources extérieures (exemple : CIA World Factbook). Pour plus d’information sur les méthodes de l’OIT : http://laborsta.ilo.org

[14] Rapport d’International Crisis Group sur Bahreïn, 2005, p.15

[15] F. Lawson, Bahrain : The modernization of autocracy, Westview Press, 1989, p.3-11

[16] Par exemple, les Huwalas sont des Sunnites qualifies d’Iraniens par les chiites, mais qui revendiquent leur identité arabe.

[17] Laurence Louër, « Transnational Shia politics : religious and political networks in the Gulf», Columbia University Press, New-York, 2008, chapitre 8.

[18] Selon les chiffres de la Banque Centrale de Bahreïn (2009), le pétrole et le gaz ne représentent plus que 13 % du PIB national. En comparaison, les services financiers représentent 27 % et les produits manufacturés 17 %.

[19] Bahreïn dispose des plus petites réserves en pétrole et gaz de la région, et celles-ci seront épuisées dans les 15 ans à venir au rythme de production actuel (35 000 barils par jour de pétrole brut) – Katzman K., Bahrain: Reform, Security, and US Policy, Congressional Research Service, Library of Congress, Washington, 2009

[20] Laurence Louër, « The Political Impact of Labor Migration in Bahrain », in City and society, vol 20-1, p.33-51, 2008

[21] Herb M. « A nation of bureaucrats: political participation and economic diversification in Kuwait and the United Arab Emirates ». International Journal of Middle East Studies, 2009, Vol. 41, n°03, p.376-377.

[22] Ce point a été développé notamment par : Giacomo Luciani (« Allocation vs. Production States : a theoretical framework », in The Arab State, op.cit.) ; Lisa Anderson (« The State in the Middle East and North Africa », Comparative Politics, n°20, Octobre 1987) ; Jill Crystal (Oil and Politics in the Gulf : Rulers and Merchants in Kuwait and Qatar, op.cit.) ; Michael Ross (« Does Oil Hinder Democracy ? », World Politics, n°53, Avril 2001) ; Gwenn Okruhlik (« Rentier wealth, Unruly Law, and the Rise of Opposition : the Political Economy of Rentier States », Comparative Politics, n°31, Avril 1999 et Michael Herb (« No representation without Taxation ? Rents, development and democracy », op.cit.)

[23] Jill Crystal, Oil and politics in the Gulf : Rulers and Merchants in Kuwait and Qatar, Cambridge Middle East Library, 1999

[24] Michael Herb, All in the family : absolutism, revolution and democracy in the Middle East, State University of New-York Press,Albany, 1999

[25] Gregory Cause, Why Political Reform in the Gulf Monarchies is a Family Feud, Foreign Policy,  consulté en ligne le 4 mars 2011 – http://mideast.foreignpolicy.com/posts/2011/03/04/why_reform_in_the_gulf_monarchies_is_a_family_feud

[26] Steven Wright, Fixing the kingdom : political evolution and socio-economic challenges in Bahrain, CIRS,Washington, Occasional paper n°3, 2008

[27] Herb, op.cit., p.132

[28] Wright, op. cit.

[29] Le premier ministre n’a prononcé aucun discours significatif depuis le début des évènements.

[30] Katzman, op.cit.

[31] Nadim Hasbani, « Les pays du Golfe, premiers acheteurs mondiaux d’armements », in Questions Internationales, n°19, La Documentation française, mai-juin 2006.

[32] Mohamed Ayoob, « The GCC show its true colors », 16 mars 2011, Foreign Policy, consulté en ligne le 18 mars 2011 – http://mideast.foreignpolicy.com/posts/2011/03/16/the_gcc_shows_its_true_color

[33] Olivier Da Lage, « Saudi Arabia and the smallerGulf states : the vassals take their revenge »,  colloquium on Gulf Monarchies Transitions, CERI, Sciences Po, 10-11 janvier 2005.

[34] Anthony H. Cordesman and Khalid R. Al-Rodhan, Gulf Military Forces in an Era of Asymmetric Wars, vol. 1 (Westport,CT: Praeger Security International, 2007).

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Bibliographie :

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