LES RÉVOLUTIONS ARABES ET LE WEB 2.0. Tunisie ET Égypte

Johanne Kuebler

RÉSUMÉ

Avant même l’avènement des récentes révoltes arabes, le potentiel d’Internet pour renverser les régimes autoritaires a été un argument très populaire, et il resurgit avec la chute des présidents tunisien et égyptien au début de l’année 2011. Or, si la technologie n’est pas la cause profonde des révoltes, elle a permis aux jeunes Tunisiens et Égyptiens d’échanger et de parler politique dans un contexte de sociétés où la sphère publique a été scellée. En même temps, le passage du débat vers l’action a été difficile et a nécessité des efforts d’organisation considérables. Cet article propose de retracer l’évolution de l’activisme en ligne en Égypte et en Tunisie en vue de les comparer et de montrer à quel point les trajectoires égyptiennes et tunisiennes étaient différentes.

Abstract

The Internet’s potential to overthrow authoritarian regimes has been a popular hypothesis already long before the current uprisings, and it reappears with the fall of Presidents of Tunisia and Egypt in early 2011. Even though it is certain that technology is not the root cause of the rebellions, it allowed young Tunisians and Egyptians to discuss politics in the context of sealed public spheres. Shifting from debate to action, however, was difficult and required considerable organizational efforts. This article proposes to trace the evolution of online activism in Egypt and Tunisia in order to compare them and show how the respective trajectories diverged.

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Avant même l’avènement des récentes révoltes arabes, le potentiel d’Internet pour renverser les régimes autoritaires a été un argument très populaire évoqué dans le sillage des efforts révolutionnaires en Iran, en Moldavie et en Géorgie. Une véritable onde de choc traverse la zone depuis le début des manifestations en Tunisie, et pour l’instant, Ben Ali, et Hosni Moubarak ont été entraîné dans ce tourbillon de révoltes populaires, tandis que de nombreux autres régimes sont remis en question. Or, il ne s’agit pas de savoir si la révolution a été causée par Facebook. La technologie ne saurait être la cause d’une révolution, ce sont toujours les acteurs qui s’en servent qui en sont les auteurs. D’autant plus que Facebook est une compagnie privée qui poursuit ses propres objectifs. Si les griefs tels que le chômage endémique et la corruption omniprésente dans les sociétés arabes sont les causes profondes des révoltes, ils ont toutefois été observés et étudiés bien avant les révolutions, notamment dans les travaux d’Olivier Roy (par exemple dans son oeuvre principale L’Échec de l’Islam politique[1]). Par conséquent, ils ne suffisent pas à expliquer la temporalité des révolutions : pourquoi se sont-elles produites en 2011 et non plus tôt ?

À l’heure actuelle, nous sommes encore sous l’impression d’une succession rapide des événements dans de nombreux pays. Comme l’indique Yves Gonzalez-Quijano, auteur de Les Arabes parlent aux Arabes dans son blog, nous sommes les témoins d’un processus de transformation qui n’a fait que commencer, et il s’avère difficile d’en proposer une lecture définitive.[2] Il s’agit d’éviter de céder au lieu commun qui considère Internet comme agent de changement, mais si l’usage d’outils tels que Facebook n’a certainement pas causé les révolutions, il a façonné la manière dont elles se sont déroulées.

Prenant en considération cette absence de distance aux événements, cet article propose de retracer l’évolution de l’activisme en ligne en Égypte et en Tunisie en vue de les comparer et de montrer à quel point les révolutions égyptiennes et tunisiennes étaient différentes. Les conclusions exposées dans cet article sont basées sur des recherches de terrain menées en 2009 et 2010, avant les renversements de Ben Ali et de Moubarak. Les deux mouvements, apparemment similaires, nés dans deux pays faisant face à des défis semblables, ont en effet connu des trajectoires assez différentes. Cet article montrera comment le contexte politique et social influence l’émergence de mouvements sociaux sur le Web, et comment une révolte spontanée dans le centre de la Tunisie a pu générer un mouvement qui a renversé deux présidents  qui étaient au pouvoir depuis les années 1980.

L’expansion de l’Internet, auquel sont connectés environ deux tiers des populations des pays occidentaux[3], a fait croître l’espoir que cette technologie pourrait être libératrice pour des populations opprimées comme en Égypte et en Tunisie.

Internet est indéniablement un outil qui révolutionne les relations sociales, reliant des individus qui ne se sont jamais vus aux quatre coins du globe. Internet permet de surmonter les limitations des médias traditionnels tels que le nombre limité de fréquences de radio ou les coûts élevés des médias imprimés. Il permet à chacun de diffuser ses opinions, de devenir sa propre station de télévision. Cette caractéristique est prisée par les activistes politiques. Ils utilisent des outils tels que des blogs ou des profils sur les réseaux sociaux pour faire entendre leurs opinions et les partager avec le plus grand nombre possible. En outre, la configuration du Web fait qu’une censure totale est difficile à imposer. En cas de blocage de sites particuliers, la connexion à un serveur intermédiaire, un proxy, permet de le contourner. En cas de menace d’effacement de sites importants, les utilisateurs peuvent multiplier les sites miroirs, ce qui est appelé l’effet Streisand[4]. En règle générale, rien ne disparaît sur le Web : même les discussions des pionniers du net existent toujours.[5] Parallèlement, les outils des censeurs deviennent de plus en plus sophistiqués, notamment en matière de traque des utilisateurs, ce qui amène certains commentateurs, comme Evgeny Morozov, à souligner l’importance du contrôle sur Internet.[6] Le rôle de l’interaction entre les activistes et les censeurs est un axe à développer.

Tunisie – La bataille éternelle contre la censure ou comment mobiliser une population dite apolitique

Dans le cadre de l’étude de l’impact d’une technologie sur les mouvements sociaux, nous pouvons supposer qu’une accessibilité plus large devrait entraîner un potentiel politique croissant. L’Égypte et la Tunisie ont investi massivement dans l’infrastructure Internet dans l’espoir d’attirer les investissements étrangers, et le nombre d’utilisateurs d’Internet n’a cessé de croître dans les deux pays. Environ 21 % de la population égyptienne a accès à Internet, tandis que la Tunisie affiche 34 % de citoyens connectés[7]. Il ne s’agit toutefois pas du taux le plus élevé du monde arabe, des pays comme le Bahreïn et les Émirats arabes unis affichant une connectivité plus importante. La Tunisie était cependant parmi les premiers pays africains à développer cette technologie. Or, en dépit de l’avance de la Tunisie en termes de connectivité, c’est l’Égypte qui a vu une première vague de manifestations anti-Moubarak organisées sur Internet en 2005 par le mouvement Kefaya (« assez » en dialecte égyptien). Le contexte politique global en Tunisie a longtemps empêché le développement d’un activisme politique sur Internet.

Le régime tunisien était l’un des plus répressifs en termes de contrôle d’Internet, comparable à des pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran et la Chine, bien qu’Internet était également perçu comme une technologie permettant d’importants gains économiques. Ainsi, la Tunisie a été le premier pays arabe et africain à se doter d’une connexion au réseau en 1991. Toutefois, la connexion était limitée aux centres de recherche et l’accès public n’a été offert qu’avec la fondation de l’Agence Tunisienne de l’Internet (ATI), créée en 1996. L’écart entre la connexion du pays à Internet et son ouverture au public n’est pas sans rappeler la démarche choisie par l’Arabie saoudite. Le régime tunisien cherchait à bénéficier des aspects positifs dans le commerce, l’éducation et la gouvernance tout en étant capable de fermer un site potentiellement nocif. La principale différence entre le contrôle d’Internet en Arabie Saoudite et en Tunisie réside dans le fait que l’État saoudien embrasse ouvertement la censure et montre clairement quand un site est bloqué, tandis que la Tunisie la niait. Au lieu d’afficher un site expliquant l’interdiction d’un site Web particulier, une erreur s’affichait : un « 404 Not Found » au lieu du « 403 Not Allowed » visible en Chine. En dépit de cette censure touchant des sites populaires tels que Youtube et Dailymotion, un nombre important de citoyens a adopté Internet à haut débit, grâce au prix modéré et à cause de l’impossibilité d’utiliser les proxies nécessaires à l’accès de certains sites depuis les cybercafés (appelés PubliNets). Le prix compétitif fait que l’Internet est un passe-temps favori des jeunes en Tunisie. En outre, la classe moyenne en Tunisie est plutôt large et un nombre de parents sont capables de soutenir leurs enfants tant bien que mal, même s’ils ne trouvent pas d’emploi[8], et qui passent leurs journées en ligne. Selon les chiffres officiels, un tiers de la population était connecté au Web. Ces chiffres sont confirmés par les statistiques de Facebook : la Tunisie y figure au 37e rang mondial en termes d’utilisateurs de Facebook par rapport au nombre total d’habitants (1,4 million soit 13,5 % en Avril 2010), trois places devant l’Allemagne (11 %) et premier pays africain.

Les Tunisiens en 2010 étaient déjà adeptes des réseaux sociaux, non seulement Facebook était le site le plus visité, mais quatre autres communautés en ligne comptaient parmi le top 25 de sites visités. La politique nationale était toutefois rarement abordée sur les sites populaires. En effet, la responsabilité juridique pour ce qui est consulté et publié en ligne était répartie entre de multiples acteurs, qui censuraient eux-mêmes le contenu des sites. Par exemple, la plupart des chartes des forums tunisiens précisaient que la discussion de la politique nationale était interdite et des blogueurs ont souvent choisi de supprimer les commentaires « sensibles » postés sur leurs blogs, de peur d’être censurés[9]. La dénonciation par Sami Ben Gharbia[10] du « politiquement correct » du premier site agrégateur de blogs tunisiens Tn-blogs est emblématique de ce débat : « les blogs tunisiens qu’on aime voir sur ledit annuaire sont à l’image de nos zones touristiques : elles s’installent loin de la misère locale, l’évitent et la contournent. »[11]

Au contraire, de nombreux blogueurs tunisiens à cette époque estimaient que la cyber-dissidence était contreproductive, car trop radicale et conduisant au blocage des sites. Ils ont préféré une poussée prudente des limites. La crainte de la censure ou même des représailles plus graves ont clairement influencé le comportement des internautes tunisiens sur le Net. En outre, le lieu de résidence était déterminant dans le degré de critique choisi par les blogueurs : de nombreux blogs ouvertement politiques étaient gérés par des Tunisiens résidant à l’étranger. La première liste email tunisienne, Takriz (arabe tunisien, équivalent à « avoir marre » et « déception »), a été créée par deux étudiants tunisiens en 1998, mais a rapidement été gérée par un nombre important de Tunisiens vivant à l’étranger. Cette liste, transformée plus tard en Web-magazine, a traité de manière satirique des sujets tabous comme la religion, la politique et le sexe.[12] Le forum Tunezine et ReveilTunisien comptent parmi les sites importants auxquels des Tunisiens de l’extérieur ont participé. L’importance de la diaspora tunisienne dans ces premiers sites critiques s’explique par leur accès précoce à Internet dans leurs pays de résidence (généralement dans des pays occidentaux). En outre, leur localisation dans des pays démocratiques aurait entraîné une intolérance croissante à l’égard de l’autoritarisme dans leur pays d’origine[13]. En dépit de leur éloignement physique de la répression,  certains internautes à l’étranger, tels que les collaborateurs de Tunisnews, ont choisi de masquer leur identité afin de protéger leurs familles en Tunisie.

L’intervention massive de l’État tunisien dans l’Internet rendait  toute tentative de critique hasardeuse. Le gouvernement utilisait par exemple la Deep Packet Inspection (DPI), permettant de surveiller l’activité en ligne d’une personne donnée et de filtrer en amont de la réception le trafic sur le réseau en éliminant les contenus « indésirables » du corps même d’emails reçus. Les stratégies de défense des internautes tunisiens politisés ont été multiples. Il est courant de ne pas répondre à des appels téléphoniques provenant de numéros inconnus, de peur qu’il s’agisse de la police politique. Si de nombreux internautes choisissent l’anonymat, une autre stratégie consiste à dissimuler le message au lieu du messager. Souvent, les deux stratégies sont couplées pour créer un style plein d’esprit, indirect et codé où les mots clés pouvant attirer l’attention de la censure comme «Ben Ali» sont remplacés par des références aux symboles de l’État de Ben Ali. Il s’agissait notamment de la couleur mauve, couleur du parti d’Etat ; le thème du « changement » et le numéro 7, qui se réfèrent au « coup d’État médical » du 7 novembre 1987, au cours duquel Ben Ali a évincé son prédécesseur Bourguiba. Le 7 prête également son nom à la chaîne de télévision Tunisie7 (changé depuis en « Télévision Tunisienne ») et à une compagnie aérienne (Sevenair). Un éminent représentant de ce style est -Z- qui présente des billets et caricatures satiriques sur son blog DEBATunisie.

La censure d’Internet et de la presse, associée à un climat de peur, est certainement l’une des raisons pour lesquelles Internet a tardé à être utilisé comme outil de mobilisation. Le site Yezzi Fock Ben Ali! (Assez, c’est assez, Ben Ali!) faisant partie de  « La liberté d’expression en deuil », campagne organisée par l’Association Tunisienne pour la Promotion et la Défense du Cyberespace, constitua l’une des premières opérations en ligne. Lancé à l’occasion du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) organisé par le gouvernement tunisien les 16 et 18 novembre 2005, le site Yezzi ! a acquis une couverture médiatique internationale sur CNN, Al-Jazira et sur les blogs. La censure n’a dès lors pas cessé de menacer les blogueurs tunisiens et fini par unir la blogosphère. Sami Ben Gharbia note ainsi qu’un nombre croissant de messages sur les blogs ont parlé et / ou protesté contre la censure à partir de la fin de 2008. Le blocage de l’accès au site Facebook du 24 août au 2 septembre 2008 a notamment fait plus de bruit que le blocage de tout autre site Web.

La première tentative de traduire un engagement en ligne dans une manifestation réelle a été lancée au printemps 2010, lorsqu’une grande vague de censure a frappé le Web tunisien. « Une manifestation réelle pour une liberté virtuelle » était prévue pour le 22 mai 2010 devant le ministère de l’Intérieur dans le centre-ville de Tunis. À cette époque, un nombre croissant de blogs critiques a été interdit, le blog collectif Nawaat piraté, et sa base de données supprimée. Contrairement aux vagues précédentes de blocages, un nombre important de sites Web grand public, tels que Flickr, a été touché. Avant la manifestation, des groupes Facebook comme « Le « 404 Not Found » nuit gravement à l’image de mon pays » et « ‘arîdha lî-‘ashara alaf tûnisî dhid al-riqâba al-elektrûnîa wa al-hajb » [14] (pétition de dix mille Tunisiens contre le contrôle électronique et le filtrage) ont réunis 7 777 et 11 457 partisans respectivement. Les organisateurs ont déclaré sur leur site :

« La manifestation est indépendante de tout parti politique ou association. Elle sera pacifique. Son but est de demander l’arrêt définitif de la censure sur Internet et la réouverture de tous les sites censurés. P.S. : Nous vous prions de ne pas ramener de drapeaux ou de musiques qui pourraient donner un sens politique ou religieux à la manifestation. »

Comme il était nécessaire de faire une « déclaration de rassemblement » à Tunis, trois blogueurs, Yassine Ayari, ingénieur, Slim Amamou, ingénieur informatique et Lina Ben Mhenni, professeur d’université, ont accepté de risquer une confrontation directe avec l’État pour suivre les règles juridiques indispensables à une manifestation. Toutes les étapes de l’organisation ont été documentées en ligne à travers des vidéos affichées sur vimeo.com, un site de partage de vidéo. En fin de compte, la manifestation a été annulée après la convocation au ministère de l’Intérieur de deux des trois organisateurs, Yassine Ayari et Slim Amamou. Sur messages vidéo distincts, ils ont annulé la manifestation et ont exhorté les manifestants à rester à la maison. Le jour même, la police a sillonné l’avenue Bourguiba et les rues avoisinantes afin de prévenir toute tentative de rassemblement. Certains partisans de la mobilisation, vêtus en blanc, ont toutefois réussi à se rendre au centre-ville pour se retrouver dans les cafés environnants, mais ils ont été priés de quitter les lieux.

Cet échec apparent représente le premier succès des cyberactivistes tunisiens. Suite à l’intensification de la censure, une partie des Tunisiens connectés vivait dans un climat de plus en plus liberticide. Si un usage extensif de l’Internet a pu satisfaire une jeunesse de la classe moyenne sous-employée, l’aggravation de la censure fait que de plus en plus de jeunes tunisiens se sentent oppressés. L’immolation de Mohamed Bouazizi  – bien qu’il ne soit pas issu de la classe moyenne – devient un symbole du sort des chômeurs et sous-employés de la Tunisie, qui ne savent plus comment s’en sortir, et qui n’ont même plus l’Internet comme espace de divertissement pour s’évader temporairement. Or, Mohamed Bouazizi n’a pas été le premier désespéré à s’immoler, le cas similaire d’Abdesslem Trimech n’a pas reçu tant d’attention médiatique[15]. Il n’était pas évident non plus que les protestations qui ont commencé à Sidi Bouzid se propageraient à d’autres villes. Des affrontements similaires entre la police et les manifestants ont eu lieu dans la ville de Ben Guerdane, près de la frontière avec la Libye, en août 2010. Cependant, cette fois-ci, les protestants ont réussi à faire passer leur message par l’intermédiaire des réseaux sociaux chéris des internautes tunisiens. L’immolation de Mohamed Bouazizi a été filmée et mise en ligne par son cousin Ali, tout comme une vidéo montrant un sit-in pacifique devant la mairie. Ignoré par les autorités, le site Nawaat est devenu une source d’information incontournable pour beaucoup de Tunisiens. Le site était fréquemment mis à jour et proposait le téléchargement de photos de toutes les villes tunisiennes, et ces photos étaient ensuite échangées par téléphone portable, dépassant ainsi la communauté des internautes pour inclure quasiment la population entière (93 % de la population souscrit à un contrat de téléphone portable, selon la Banque mondiale).

En parallèle avec les manifestations, un autre affrontement majeur opposait l’État aux cyberactivistes. Outre la censure d’un nombre croissant de sites, les autorités ont lancé des attaques de hameçonnage (phishing) pour voler des mots de passe, et des modes sécurisés (tels que https) ont été bannis. En riposte, le collectif de hackers Anonymous a lancé des cyber-attaques contre des sites gouvernementaux. Les tentatives d’intimidation du gouvernement n’ont toutefois pas empêché les d’activistes de longue date de participer à l’organisation du mouvement. Ainsi, Lina Ben Mhenni était présente à la majorité des manifestations dans la capitale, y compris à la protestation des avocats le 28 décembre. Slim Amamou et Azyz Amamy (ingénieur et blogueur éminent) ont été détenus le 6 janvier. En conséquence, la révolution tunisienne, qui a démarré de manière spontanée, a puisé dans des réseaux d’activistes issus de la classe moyenne qui ont gagné leurs galons les années précédentes.

L’Égypte – La malédiction de l’élitisme ou comment mobiliser par Internet une société peu connectée

Si le manque de discussions et d’activités politiques à travers Internet a longtemps été caractéristique du Web tunisien, la situation en Égypte était radicalement différente. En 2005 est né Kefaya (« assez » en arabe égyptien), le premier mouvement de protestation en Égypte pour lequel Internet était un canal privilégié de mobilisation. Cette organisation unit des tendances politiques diverses, des jeunes islamistes aux communistes, avec deux revendications principales : une opposition à la présidence de Hosni Moubarak et à la possibilité que son fils Gamal« hérite » du pouvoir. Des manifestations anti-Moubarak ont eu lieu dans la capitale en 2005, organisées par la « génération Moubarak », une génération qui n’avait connu aucun autre président que lui. Même si les manifestations n’ont jamais attiré un nombre de participants comparable avec les émeutes du pain contre Anwar Sadate en 1977, l’organisation de telles manifestations a été une nouveauté dans l’expression du mécontentement populaire vis-à-vis du régime.

L’émergence de Kefaya coïncidait avec une hausse du nombre d’utilisateurs d’Internet dans le pays. Connectée au réseau en 1993, l’Égypte a été le premier pays arabe à le commercialiser. Elle a ensuite massivement investi dans le haut débit, espérant en faire un moteur de croissance économique. Des programmes gouvernementaux tels que « a PC for Every Home Initiative » (Initiative pour un ordinateur dans chaque maison), le « Free Internet Model »[16] et la baisse des prix du haut débit ont fait de la communauté d’internautes égyptiens l’une des plus larges en nombre et des plus dynamiques de la région. En 2005, année de l’émergence de Kefaya sur la scène politique égyptienne, le nombre d’utilisateurs était estimé à 9 millions (soit plus de 10 % de la population). Ce nombre a atteint 17 millions en 2010 (21 % des Égyptiens), selon l’Union internationale des Télécommunications. Cette hausse s’est produite en dépit de la persistance d’un taux d’illettrisme élevé dans le pays. Internet a été adopté par la jeunesse égyptienne, qui fait preuve d’une plus grande affinité avec les nouvelles technologies et qui est en général mieux éduquée que les générations précédentes. Les Égyptiens ont également bénéficié d’un Web généralement non-censuré, ce qui les distingue nettement de leurs homologues chinois, saoudiens, et tunisiens.

La marge de liberté d’expression en Égypte a généralement été plus grande en ligne que dans des publications imprimées. Des articles, censurés dans les versions imprimés du magazine Cairo Times et du journal Middle East Times, par exemple, ont été accessibles en ligne. En revanche, le gouvernement de Hosni Moubarak a su se réserver une marge de manœuvre considérable par des lois lui permettant de censurer des sites Web à sa guise, tels que le site web d’Ach-Chha’b, journal du parti travailliste,[17] bloqué entre 2000 et 2006, et celui des Frères musulmans, http://www.ikhwanweb.com, bloqué quelques mois en 2005. En dépit de sa relative tolérance, le gouvernement égyptien observait de près tout ce qui se passait en ligne à partir d’un département pour combattre les crimes informatiques[18]. Les blogueurs étaient la cible de l’appareil répressif dès qu’ils franchissaient les lignes rouges, tels que le sexe, la religion et l’armée. Le cas de Kareem Amer, emprisonné pendant quatre ans pour avoir écrit sur des tensions entre Chrétiens et Musulmans à Alexandrie et pour avoir diffamé Hosni Moubarak est symptomatique. De manière générale, cependant, il existait en Égypte une liberté de ton impensable en Tunisie.

Dans la majorité des pays du monde, Internet est principalement une source de divertissement. Ce qui distingue le Web égyptien de celui de pays européens tels que l’Allemagne et le Royaume-Uni, c’est la place que prennent les blogs. À l’image d’un journal intime, les blogs rassemblent des notes ou des articles écrits au fil du temps. En avril 2010, la plateforme blogger.com était classée 9ème site le plus populaire d’Égypte, loin devant les sites de journaux classiques tels que Al-Masry Al-Yawm (quotidien indépendant – rang 33) ou Al-Ahrâm (détenu en majorité par le gouvernement égyptien – rang 65). En Grande-Bretagne et en Allemagne, la présence sur le Web des médias établis tels que BBC et Der Spiegel est plus importante. Les internautes égyptiens, majoritairement issus des couches éduquées, préfèrent les sites d’information alternatifs comme les blogs aux médias traditionnels. La popularité de Al-Masry Al-Yawm par rapport à celle d’Al-Ahrâm confirme la recherche sur Internet d’informations alternatives à l’information gouvernementale, ce qui n’est pas le cas pour la presse papier. Issus d’une libéralisation timide de la presse écrite en 2004, les journaux indépendants ont rapidement gagné en importance, mais l’ensemble des indépendants (environ 200 000 exemplaires tirés en 2009) n’a pas atteint la distribution du seul Al-Ahrâm (un million d’exemplaires le vendredi, un chiffre largement contesté depuis le renversement du régime). Les médias indépendants présentaient toutefois une alternative à la langue de bois habituelle des médias gouvernementaux. En dépit de leur succès limité, les journaux indépendants ont joué un rôle crucial pour promouvoir des points de vus opposés à ceux du gouvernement en donnant de la visibilité aux acteurs de Kefaya avant la révolution de 2011. Durant les manifestations populaires sur la place Tahrir en 2011, le nombre d’exemplaires vendus par le quotidien indépendant Ach-Churûq a doublé, pour atteindre un tirage d’environ 150 000 par jour[19].

L’accès non censuré à Internet a offert aux Égyptiens une source de divertissement nouvelle, mais également des informations jusqu’alors au-delà de leur portée. Le développement d’Internet a eu pour conséquence l’émergence de sites Web discutant des sujets évités par les médias traditionnels en raison de la censure étatique ou de l’autocensure. Le blogueur le plus connu d’Égypte, Wael Abbas, considéré comme l’une des personnes les plus influentes de l’année 2006 par la BBC, a publié des vidéos montrant la torture de personnes en garde à vue sur son blog Misr Digital, fondé en 2004. Avant cela, il écrivait avec trois amis sur Sawt Ach-Cha`b (La voix du peuple). Il a également couvert des manifestations appelant au changement en Égypte, des sit-in et des grèves ouvrières, publié des vidéos exposant la fraude électorale et la violence policière contre des manifestants pacifiques. Wael Abbas n’est pas le seul blogueur à s’être lancé dans le cyberjournalisme, mais il était l’un des plus controversés. En couvrant des faits ignorés par la presse traditionnelle, les blogueurs égyptiens sont d’éminents représentants d’une nouvelle génération d’utilisateurs du Web : à la fois blogueurs, journalistes et militants politiques. Internet leur a permis de s’exprimer, tout comme aux jeunes membres des Frères musulmans quand l’État a renforcé son contrôle sur l’organisation dans les universités au cours des années 2005 et 2006. En outre, par la publication de témoignages de première main de harcèlement et de torture, les blogueurs ont contribué à augmenter la visibilité de sujets sensibles, contestant la version officielle présentée par les médias d’État.

L’idée qu’Internet pourrait devenir un outil utile pour la mobilisation politique est devenue évidente quand le nombre d’internautes a explosé. Comme le note Wael Khalil, ingénieur logiciel et blogueur de la première heure, les listes d’emails sont devenues un outil important dans l’organisation des manifestations contre l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003, qui ont vu 20 000 Égyptiens manifester sur la place Tahrir. En 2005, Kefaya a mis son site Internet au cœur de ses efforts de mobilisation et nombre de ses dirigeants étaient des blogueurs férus de technologie, formant ainsi une relation organique entre la blogosphère et un mouvement politique controversée. Les membres de la blogosphère égyptienne mobilisaient leurs lecteurs en leur communiquant l’heure et le lieu des manifestations auxquelles ils participaient eux-mêmes activement, et étaient souvent les seuls à couvrir ces événements sur leurs blogs. (Ce fut notamment le cas de la manifestation du 27 mars 2007 [20], durant laquelle environ 50 activistes ont été confrontés à une centaine de policiers  antiémeute qui ont battu des militants pacifiques, y compris les femmes. )

Au cours de leurs activités, les activistes ont aussi formé une communauté dans la vie réelle. Des « Tweetups », rencontres entre utilisateurs de Twitter, ont eu lieu, tout comme des rencontres réelles entre organisateurs de manifestations. En 2005, la blogosphère égyptienne était un espace relativement élitiste, assez petit pour que tous se connaissent personnellement. Par la suite, un grand nombre de ces blogueurs de la première heure sont restés les piliers de la blogosphère, et leurs blogs, comme celui de Wael Abbas, sont devenus une référence pour les nouveaux arrivants. Ils ont depuis été rejoints par des milliers de blogs, couvrant tous les sujets imaginables, allant de la mode à la technologie et de l’art à la politique. Les manifestations échouent toutefois à engager une partie importante de la population, notamment à cause de l’appartenance à l’élite (du moins au niveau de l’éducation) des organisateurs, elles sont par exemple incomparables aux émeutes du pain qui ont fait trembler le régime de Sadate en janvier 1977. En dépit de cette incapacité à attirer les foules, leur médiatisation par les médias privés en 2005 a rendu impossible pour le régime et le grand public de les ignorer.

Entre 2005 et 2008, l’activisme en ligne a diminué suite à des désaccords internes à Kefaya[21]  et il n’a fait que reprendre de l’élan en 2008, quand une grève de solidarité avec des travailleurs de textile de Mahalla Al-Kubra a été organisée via le site de réseau social Facebook. Le nombre d’internautes a augmenté de 9 millions en 2005 (11,7 % de la population) à plus de 13,5 millions en 2008, soit une augmentation de 50 %. En 2008, la baisse des prix fait qu’Internet atteint la classe moyenne, même si la pénétration (16,4 %) reste plus faible qu’en Tunisie, ce qui est aussi lié au fait que la classe moyenne en Égypte est plus mince. Une nouvelle phase de contestation commence. Si Kefaya s’était fortement appuyée sur les blogueurs pour promouvoir ses activités, les activistes utilisent ensuite les réseaux sociaux, qui constituent des outils facilitant le partage d’information et la collaboration. Facebook a surtout l’avantage d’être une extension virtuelle de connexions existantes hors ligne, de lister continuellement les mises à jour des « amis », d’afficher leurs activités, et ainsi de « prendre la température » de son entourage.

Ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi un groupe Facebook en solidarité avec une grève dans la ville industrielle de Mahalla Al-Kubra a pu croître à 70 000 partisans en l’espace de deux semaines à une époque où il n’y avait que 800 000 utilisateurs actifs de Facebook en Égypte. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue à Mahalla Al-Kubra exprimer leur colère contre la hausse de l’inflation, la pénurie de pain subventionné et le mécontentement vis-à-vis de régime de président Hosni Moubarak. Dans d’autres parties du pays, des milliers d’Égyptiens sont restés à la maison en solidarité avec les travailleurs du textile, ce qui a conduit à bloquer l’activité quotidienne dans certaines parties du Caire et ailleurs en Égypte. Cependant, si la campagne du 6 avril a attiré un soutien massif, c’est aussi parce qu’elle n’exigeait rien de plus que de ne pas aller au travail ou à l’université. La mobilisation a en outre été victime de son manque de vision et de la répression effective. La grève du 6 avril, plus tard transformée en mouvement politique, a toutefois montré aux autorités le potentiel de la mobilisation sur Internet. Par la suite, la croissance du nombre de membres de certains groupes sur Facebook, comme celui supportant Mohamed El Baradei, un ardent défenseur d’une réforme de la constitution égyptienne pour permettre les candidatures indépendantes aux élections présidentielles, a été suivie de près par la presse traditionnelle.

La relative liberté de l’Internet en Égypte a donc conduit à l’émergence de pratiques comme le militantisme sur les blogs et Facebook, qui ont permis à une jeune génération d’Égyptiens d’exprimer publiquement leur désaccord. En combinaison avec une libéralisation limitée de la presse, des acteurs marginalisés dans les discours officiels ont pu se faire entendre. Cependant, le mouvement est longtemps resté anecdotique, notamment à cause de la faible pénétration d’Internet dans le pays. L’appartenance des activistes à l’élite a permis au régime égyptien de cantonner les manifestations et de présenter leurs organisateurs comme des utopistes et des criminels. La communauté de blogueurs, établie depuis des années, a toutefois perfectionné ses capacités organisationnelles. Quand la Tunisie a montré qu’une révolution pourrait être couronnée de succès, les Égyptiens ont repris du courage pour relancer leur bataille.

Conclusion

Dans des sociétés où la sphère publique a été scellée et où les médias traditionnels et organisations des droits humains ont été trop affiliés aux pouvoirs en place pour servir de canaux d’expression à la population, Internet a permis à une génération éduquée et habituée aux technologies de discuter et, dans un deuxième temps, de s’organiser. La blogosphère naissante a pu s’installer en contrepoids au journalisme classique, dominé par la langue de bois et la propagande. Dans le contexte d’un étouffement de la sphère politique générale, l’activisme soutenu par Internet s’est imposé, avec des succès variables et des échecs, comme un acteur dynamique de changement.

En Égypte, l’Internet a pu servir de caisse de résonance parce qu’il était un espace dans lequel une partie de la population a pu discuter politique. Par la suite, Internet a influé sur la nature de l’organisation des événements. L’avènement du mouvement Kefaya, par exemple, est lié aux blogs, dont les auteurs ont utilisé leurs compétences pour aider à organiser des manifestations jamais vues auparavant. Ensuite, l’émergence de Facebook a permis de joindre un nombre bien plus important de personnes en très peu de temps. Les manifestations, certes pour la majorité plutôt petites, ont gagné une certaine notoriété en Égypte, et des réseaux de participants habituels se sont noués.

En Tunisie, en revanche, où la sphère publique a été quasi parfaitement verrouillée, le pas vers l’action collective a été plus timide, puisque les acteurs craignaient une répression immédiate. L’exemple de la « manifestation réelle pour une liberté virtuelle » montre clairement la volonté des autorités tunisiennes d’étouffer tout mouvement dans l’œuf. Or, cette première expérience a été très formatrice pour les internautes tunisiens. Même si la manifestation n’a pas eu lieu, le fait de voir une masse de jeunes vêtus en blanc dans les transports en commun a créé un sentiment d’appartenance à une communauté. Ces expériences ont fait naître des réseaux et ont servi de processus d’entraînement.

Enfin, ce sont les possibilités de diffusion de photos et vidéos proposées par Internet, couplées avec les expériences précédentes qui ont permis les mobilisations suivant l’immolation par le feu du marchand de fruits et légumes Mohamed Bouazizi. Le même jour, des centaines puis des milliers de Tunisiens ont vu la preuve de la brutalité du régime et pour beaucoup, le sort du jeune homme a été le reflet de leur propre sentiment de désespoir. Mais sans l’organisation par Internet, les manifestations auraient été moins efficaces.. Car pour soutenir des manifestations durables, capables de faire trembler un régime, une coordination des actions est nécessaire. Cette organisation a pu puiser dans les réseaux noués dans les années précédentes, ainsi que dans les outils accessibles sur Internet.


[1] Roy, Olivier. L’Échec de l’Islam politique, Le Seuil, Paris, 1992

[2] Les Arabes parlent aux Arabes  – La révolution de l’information dans le monde arabe
sous la direction d’Y. Gonzalez-Quijano et Tourya Gaaybess, Sindbad, Actes sud, Paris, 2009.

[3] Alors que des chiffres fiables sont rares, on estime qu’en juin 2010, environ 67.6 % de la population de l’UE 27 ont déjà été connectés à Internet. Aux États-Unis et au Canada, le chiffre atteint les 77 %. http://www.Internetworldstats.com

[4] L’effet Streisand se réfère au procès initié par la célèbre chanteuse afin de limiter la diffusion d’une photographie aérienne de sa maison. Le public a pris connaissance de cette photo, qui est devenue très populaire sur le net et a été quasi infiniment reproduite. L’a prolifération des pages miroitant Wikileaks, site que les autorités américaines ont tenté de fermer à travers le monde, en est un exemple récent.

[5] Certes, le mémoire qui enregistre temporairement des copies de données sur Internet est régulièrement effacé et des serveurs nettoyés. Cependant, toute personne qui a vu et enregistré une information peut la remettre en ligne à tout moment.

[6] Morozov met en avant que les autorités peuvent facilement contrôler leur population en contrôlant l’Internet. Par exemple, le gouvernement iranien a tracé les activistes des révoltes en 2009 en ligne à travers leurs échanges d’emails et par des campagnes de reconnaissance de personnes prises en photo par téléphone portable. Morozov, Evgeny. The Net Delusion: The Dark Side of Internet. PublicAffairs, 2011.

[7] Selon les statistiques de l’ITU et de la Banque mondiale.

[8] L’étendue réelle de la classe moyenne en Tunisie reste à évaluer, car le chiffre a été manipulé par le régime de Ben Ali à des fins de propagande. En 2008, le ministre du Développement et de l’Investissement extérieur, M. Nouri Jouini, dans une interview avec le Monde, a affirmé que la classe moyenne englobait 80 % de la population. Bien que de tels chiffres soient improbables, la classe moyenne est, historiquement, très forte en Tunisie, ce qui la distingue de ses voisins.

[9] Romain LECOMTE. « Internet et la reconfiguration de l’espace public tunisien: le rôle de la diaspora ». TIC & Société, 2009, vol. 3, no. No. 1-2.

[10] Sami Ben Gharbia est co-fondateur du blog collectif Nawaat, qui est devenu un carrefour d’information notamment durant les révoltes en hiver 2011, et Advocacy Director à Global Voices, un site qui propose une vision globale des discussions agitant les blogospheres différentes dans le monde, en traduisant .

[11] Sami BEN GHARBIA. « Blogs Tunisiens : des zones Touristiques ! », sami ben gharbia – Blog about digital activism, online free speech and Tunisia [online]. 21 décembre 2005a, [Consulté le 21 mai 2010], Disponible sur : http://samibengharbia.com/2005/12/20/blogs-tunisiens-des-zones-touristiques/

[12] Takriz est un réseau de cyber activistesengagé dans une lutte contre la censure qui entretiennent un e-mag controversé. http://www.takriz.com/

[13] Romain LECOMTE, op . cit.

[14] Adresse abrégée : http://tinyurl.com/6y3zhso

[15] Abdesslem Trimech s’est immolé dans la ville de Monastir le 3 mars 2010 après avoir fait face à des obstacles bureaucratiques concernant son travail comme vendeur de rue.

[16] Approximativement 2 millions Égypttiens participent à ce programme qui permet d’accéder à Internet avec pour seule charge les coûts de la connection téléphonique.

[17] Ce parti politique fondé en 1978 a eu d’abord un programme socialiste avant d’être transformé en parti islamique en 1986. Le parti a été interdit en 2000.

[18] Mentionné pour la première fois le 5 mars 2004 dans le journal pro-gouvernemental Al-Ahram, selon Gamal EID, « The Internet In the Arab World – A New Space of Repression? », The Arabic Network for Human Rights Information, Cairo 2004.

[19] Osama DIAB, « New Egypt, new media », The Guardian, 10 mars 2011.  http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/mar/10/egypt-media-newspapers-mubarak-propaganda (consulté le 31 mars 2011)

[20] Egypt: Calls for reform met with brutality. Human Rights Watch, 26 May 2005.

[21] Comme notait le blogueur  Amr Ezzat : “Il est ironique que nous insistons à promouvoir la démocratie et à condamner la centralisation du pouvoir, mais ne sommes pas capables d’organiser notre groupe sur yahoo” (“it’s ironic that we keep promoting democracy and condemning centralisation of power, but can’t even run a yahoo group.”) Amr EZZAT, cité dans Rania AL MALKY. Blogging for reform: the case of Egypt. Arab Media&Society, 2007, no. 1. p.8

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Bibliographie :

  • Ismail Dbara, Virtual protests in Tunisia against web censorship http://www.rnw.nl/africa/article/virtualproteststunisiaagainstwebcensorship1, retiré le 24 mai 2010.
  • Faris, David Faris, Revolutions without Revolutionaries? Network Theory, Facebook, and the Egyptian Blogosphere, Arab Media & Society (6), 2008
  • Yves Gonzalez Quijano et Tourya Gaaybess (eds.), Les Arabes parlent aux Arabes. La révolution de l’information dans le monde arabe, Actes Sud, 2009
  • Tom Isherwood, A new direction or more of the same? Political blogging in Egypt, Arab Media & Society (6), 2008
  • Shanthi Kalathil et Taylor Boas, Open networks, closed regimes: the impact of the Internet on authoritarian rule, Carnegie Endowment, 2003
  • Marc Lynch, Blogging the New Arab Public, Arab Media & Society (1), 2007

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