LA SYRIE, DEUX SIÈCLES DE RÉVOLUTIONS

Samuel Mehli

Résumé

L’année 2011 a été marquée par une succession de vagues révolutionnaires dans le monde arabe qui ont toutes surpris l’opinion publique internationale comme les spécialistes de la zone. Depuis le mois de février, la Syrie vit à son tour sa révolte populaire sans toutefois bénéficier autant de la couverture médiatique internationale qui a pu accompagner les mouvements en Tunisie ou en Égypte. Dotée d’une histoire et d’un peuple méconnus ou mal connus, la Syrie a pourtant été le théâtre au cours de ces deux derniers siècles d’événements majeurs tant au sein de ses frontières que dans tout le monde arabe.

Cet article se propose alors de retracer les grands mouvements précurseurs, révolutionnaires et contestataires d’ordre politique, culturel, idéologique et social qui ont marqué le pays depuis le début du XIXème siècle et qui témoignent du dynamisme, de la richesse et de l’aspiration au changement d’une société qui s’exprime aujourd’hui pour partie dans les rues syriennes.

Abstract

A series of revolutionary waves broke on the Arab world in early 2011, each of them taking by surprise both public and expert views. Since February, Syria has been, in turn, living through its own popular revolt, although it was not granted a media coverage as high as Tunisia’s or Egypt’s. While Syrian history and people are generally unknown or at best barely known, major events have nonetheless taken place in Syria over the past two centuries, whose fallout goes far beyond national borders but, indeed, all over the Arab world.

This article outlines the main forerunning movements that weighed on Syria’s historical development since the beginning of the 19th century, be them revolutionary or dissenting, political or ideological, cultural or social. These movements attest to the dynamism, richness and longing for change of a society that today expresses itself by taking to the Syrian streets.

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Ces derniers mois ont vu se succéder des révolutions en Tunisie, en Égypte, en Libye puis en Syrie qui ont à chaque fois surpris le monde occidental, y compris les experts de la zone qui n’hésitaient pas à qualifier depuis de nombreuses années les sociétés arabes d’immobiles, voire d’apathiques. Or, et tout en reconnaissant le caractère parfaitement imprévisible des événements qui secouent le pays, la Syrie a toujours été le cadre d’une société dynamique et en ébullition tant sur les plans culturel et intellectuel que politique ou social. Depuis l’époque des réformes politiques et administratives de l’Empire ottoman et de la nahda au début du XIXe siècle aux derniers événements de 2011, la Syrie a été le lieu d’un enchaînement de périodes plus ou moins intenses et de révolutions littéraire, culturelle, linguistique, politique, nationaliste et sociale.

Notre propos consistera donc à identifier à chacune de ces phases les acteurs (lettrés, journalistes, politiques, religieux, peuple, jeunesse) et le contenu idéologique, contestataire voire identitaire de leurs mouvements qui font de ce pays une société dynamique et en perpétuel renouvellement.

La nahda ou le temps de la révolution littéraire (XIXe siècle)

Bien plus qu’une « renaissance » comme le terme de nahda invite souvent à le penser, la révolution culturelle qui s’est illustrée au XIXe siècle en Égypte et dans le bilâd ach-châm (Syrie et Liban) témoigne d’un redressement et d’un réveil (de la racine  ن ه ض qui signifie « se redresser ») de la civilisation arabe.

Ce mouvement est dû en particulier aux missions étrangères protestantes et catholiques qui s’installèrent dès le XVIIIe siècle au Liban et au nord de la Syrie et favorisèrent un renouveau intellectuel et littéraire dans toute la région. Ces missionnaires ont fondé des écoles puis des universités et ont œuvré à l’instruction et l’alphabétisation des populations. Il en résulta l’émergence d’une nouvelle élite intellectuelle formée à la langue et à la littérature arabes qui s’assigna pour tâche de réactualiser le patrimoine littéraire ancien et de faire connaître la littérature occidentale découverte par le biais de voyages en Europe.

Le contact brutal avec l’extérieur qu’incarnait l’Occident a provoqué chez les Arabes un sentiment d’urgence qui a entraîné un engagement rapide dans la voie des réformes. Pris entre la nécessité d’entrer dans la modernité – celle que proposait l’Occident ? – et l’idée de restaurer un passé ancien et glorieux, les Arabes ont adopté une voie médiane parfois difficile à tenir. Certains y voient l’avortement de la nahda.

La naissance d’écoles publiques (maktab) dans les capitales des provinces arabes de l’Empire ottoman traduisit une révolution dans le domaine de l’instruction et un certain « cosmopolitisme de l’esprit »[1]. L’identité des étudiants se complexifia et l’appartenance religieuse perdit de son importance. Les lettrés et les jeunes bénéficiant d’un nouveau système éducatif, animés d’une volonté de réforme profonde de la culture arabe et de son apprentissage n’étaient-ils pas les « facebookiens » du XIXe siècle qui appelaient à une révolte transcendant les différentes confessions religieuses ?

Le XIXe siècle fut aussi le temps de nouveaux genres littéraires, à commencer par le roman. Cette montée de l’écriture romanesque prit au départ deux formes : le roman historique dont le pionnier fut le Libanais Jurjy Zaydân et le roman à thèses. Le romancier puisait sa matière aux sources mêmes du patrimoine arabe et véhiculait dans ses écrits une valeur identitaire en ce qu’il rappelait au lecteur arabe la fierté de son appartenance. L’idéologie panarabe, qui fait prévaloir le rassemblement autour de l’arabité par opposition au panislamisme (qui valorise l’unité de la communauté musulmane), y était également très présente. Cette littérature appelait à unir les Arabes pour lutter contre l’Empire ottoman comme les Arabes mènent aujourd’hui leur révolte dans un rassemblement commun (que la presse qualifie de « Printemps arabe ») contre les régimes autoritaires. Au XIXe siècle, le mouvement littéraire prenait ainsi la forme d’un nationalisme culturel, d’une révolution contre les tentatives panislamiques de l’Empire ottoman qui se poursuivirent jusqu’à la Première guerre mondiale, avec le soutien de l’Allemagne.

À côté de ce roman historique, s’est développé à la fin du XIXe siècle le roman à thèse qui consistait à proposer une thèse idéologique capable de remédier aux problèmes de la société et dont le Syrien Francis Al-Marrâsh (1835–1873) est considéré comme un précurseur.

Dans cette nouvelle écriture, la langue arabe devint de plus en plus accessible au peuple, dans un souci de démocratisation de la littérature même si ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’on utilisa le dialecte dans l’écriture romanesque.

Outre la révolution littéraire, l’époque de la nahda vit un essor considérable de la presse. Dès le XIXe siècle, la presse assura à l’écrivain une large diffusion de ses écrits publiés sous forme de feuilletons. À l’époque du mandat français sur la Syrie (1920-1946), la presse devint même la tribune de plumes militantes, notamment des exilés politiques de retour dans le pays à la fin des années 1920. Ce fut le cas par exemple de Lutfî al-Haffâr qui appelait à l’unité et à l’indépendance de la Syrie.

Une même aspiration des peuples à la liberté d’expression semble aujourd’hui animer les manifestants de la « rue arabe ». Néanmoins, les moyens traditionnels de véhiculer ces aspirations tels qu’ils sont apparus au XIXe siècle – notamment avec le rôle majeur de la presse – sont aujourd’hui davantage contraints par un pouvoir autoritaire qui impose la censure. Ce sont ainsi Facebook et Twitter qui jouent le rôle de relais de l’information, remplaçant les revues d’informations d’autrefois.

De cette observation il en découle une différence tout aussi fondamentale à noter : la différence des acteurs qui ont mené ces révoltes. À l’époque de la nahda, la presse et la littérature étaient les outils d’une élite intellectuelle qui semblait avoir préparé la révolution culturelle et l’avoir mûrie. À la différence des révoltes arabes de 2011 qui sont le résultat d’initiatives spontanées et se traduisent par un soulèvement de masse hétéroclite et désorganisé. Est-ce à dire que les révolutions arabes ont eu lieu sans le concours des intellectuels ? Ils ne sont en tout cas pas les visages de ce « printemps arabe » ; c’est par exemple la figure d’Hamza b. Khalit, jeune adolescent de 13 ans torturé à mort à Deraa, qui est aujourd’hui le symbole de la révolution syrienne. Cette redéfinition des acteurs de la révolution est un phénomène directement hérité d’Internet ou plus généralement des moyens de communication qui se font désormais le relais de ces mouvements à l’extérieur des frontières nationales et arabes.

Doté d’une visibilité internationale, le mouvement de contestation né en Syrie en 2011 n’est toutefois pas sans précédent dans sa nature.

La révolution anti-impérialiste ou le temps du panarabisme (l’Entre-deux-guerres)

Trois épisodes majeurs de l’histoire syrienne illustrent au XXe siècle la révolution anti-impérialiste et révèlent le caractère précurseur de la société syrienne dans les domaines politique, idéologique et nationaliste : le Congrès arabe de 1913 tout d’abord qui se tint à Paris ; le ralliement de personnalités nationalistes syriennes à la révolte arabe ensuite lancée par le chérif Hussein de la Mecque en 1916 ; la révolte anti-française enfin menée par les Druzes en 1925, au temps du mandat français.

Adressé tant à l’Empire ottoman qu’aux puissances européennes, le Congrès arabe de Paris puisait sa force parmi ses membres majoritaires que furent les Syriens, exilés politiques ou émigrés de la première heure vers Paris après la suspension de la Constitution de 1876 par le sultan Abdülhamid II. Les milieux intellectuels arabes exprimèrent à cette occasion leur opposition au  centralisme brutal fraîchement imposé par les Jeunes-Turcs. À dessein de rétablir l’intégrité et l’unité de l’Empire, ces derniers souhaitaient favoriser une politique de centralisation et d’uniformisation visant la disparition des millets et des différents groupes identitaires et confessionnels qui faisaient la richesse des provinces arabes. En réponse s’étaient créés des comités autonomistes arabes dont les diverses tendances étaient représentées lors du Congrès : des partis réformistes tels le parti de la décentralisation ottomane fondé au Caire en 1913 et revendiquant pour la Syrie des formes décentralisatrices proches de l’autonomie et des groupements plus radicaux tels Al-Fatât, société secrète fondée en 1911 à Paris par de jeunes étudiants arabes.

Les actuels mouvements de contestation du pouvoir en place rappellent d’ailleurs ces sociétés secrètes fondées dans l’espoir de destituer le sultan ottoman. Le Congrès arabe de Paris se confia la difficile tâche de répondre à la politique des Jeunes-turcs et de véhiculer le problème arabe en Europe, conférant à ce dernier une dimension internationale. Ce congrès était d’abord prévu pour être un congrès syrien et cette population était en effet majoritairement représentée à 21 membres sur 23, mais le rassemblement adopta finalement le nom de Congrès arabe pour en souligner le caractère panarabe, tendance toujours recherchée à travers les différents discours délivrés à cette occasion.

Cette idéologie panarabe trouva sa première expression dans la révolte arabe lancée par le chérif Hussein, Émir de la Mecque en 1916. Cette révolte fut le premier mouvement de contestation contre une puissance tutélaire, l’Empire ottoman. Des comités arabes souhaitaient mener une révolte contre le gouvernement Jeune-turc et sa politique qui faisait offense à l’Islam. Le comité Al-Fatât finit alors par se tourner vers le chérif Hussein de La Mecque qui envoya secrètement son fils Fayçal à Damas en avril 1915. Celui-ci prit en charge leurs aspirations. Après les négociations menées par Hussein et le Haut-commissaire britannique Mac-Mahon qui ont fait depuis couler beaucoup d’encre[2], le chef des Hachémites s’engagea à déclencher la révolte au cours de l’année 1916.

Face au mouvement panislamique des Ottomans orchestré par l’Allemagne, un contre-pouvoir religieux fut donc organisé par des menées arabo-britanniques, avec le soutien de la France. Mais c’est surtout un combat entre Arabes et Turcs qui s’annonçait et le ralliement des Syriens contribua à l’évidence, par la priorité qu’ils donnaient à l’arabité sur l’islam, à la distinction des questions arabes et turques.

Notons que la plupart des acteurs de cette révolte étaient au départ des Bédouins qui appartenaient à des tribus et n’avaient pas la notion de frontières. Les premiers mouvements de la région du Hedjaz étaient alors animés de sentiments qui transcendaient les frontières territoriales à la différence d’un nationalisme territorial tel qu’il émergeait en Syrie. Mais c’est l’évolution du contenu idéologique de cette révolte qui nous intéresse tout particulièrement ici. Hussein lança sa révolte le 10 juin 1916 au nom de l’Islam et contre l’impiété des Jeunes-turcs. Le califat devait revenir entre les mains des Arabes. Mais sur les conseils de Lawrence d’Arabie et désormais entre les mains de l’émir Fayçal, la révolte fut portée vers le Nord jusqu’à la province syrienne, ce qui lui valut le ralliement d’une clientèle nationaliste et politique. Les forces de l’émir Fayçal conduisirent à la défaite turque avec la prise de Damas le 30 septembre 1918 par le Général britannique Allenby. Le contenu idéologique de la révolte s’était donc affiné en quelques mois : d’abord sous les couleurs panislamiques, il a pris une coloration plus nettement « arabe » et nationale.

L’épisode de la révolte arabe mit en lumière le caractère arabe de plus en plus affirmé des groupes dissidents de la tutelle ottomane ou européenne. Parallèlement, des propositions de réformes étaient faites par le truchement de certaines plumes arabes et l’arabité était désormais au cœur de ces réformes.

Enfin, la révolte menée par les Druzes contre le mandat français en 1925 fut le plus grand mouvement populaire de cette décennie au Moyen-Orient. Au lendemain du traité de Sèvres le 25 avril 1920, la Syrie fut scindée en quatre mini-États : l’État de Damas, l’État d’Alep, l’État des Alaouites et l’État druze. Les Syriens y perçurent une atteinte à leur identité nationale. Au milieu des années 1920, la montagne druze se fit le relais du nationalisme arabe et déclencha une insurrection avec à sa tête le sultan al-Atrache pour réunifier la Syrie et conduire le pays à son indépendance. Les troupes françaises finirent par se retirer le 17 avril 1946 sous la pression des forces politiques syriennes opposées au Mandat et soutenues logistiquement et financièrement par la Grande-Bretagne. C’est dans un élan national et transcendant les clivages confessionnels que druzes, alaouites, chrétiens et sunnites se soulevèrent contre la partition de la Syrie que les Français tentèrent de leur imposer. 

Le temps du nationalisme populaire ou la révolution socialiste (années 1950-1960)

Dans les années 1950 et 1960, les pays arabes nouvellement indépendants souhaitaient consolider le lien entre gouvernements et peuples, mais voyaient aussi dans l’idéologie panarabe une occasion de créer une grande Nation arabe dont les membres seraient égaux et partageraient une même histoire, une même culture et une même langue. Les idées de contrôle des ressources par l’État pour le bien de l’intérêt général et d’une redistribution équitable des revenus faisaient leur chemin. C’est ainsi que les préoccupations sociales pénétrèrent le nationalisme et le panarabisme sous l’égide du parti Baas créé en 1947 à Damas par Michel Aflaq et qui fusionna dans les années 1950 avec un parti plus explicitement socialiste. Ce mouvement trouvait un auditoire tant parmi les étudiants et les nouveaux intellectuels qu’au sein de la petite bourgeoisie provinciale et du prolétariat des grandes villes essentiellement formé d’immigrants venus des campagnes.

Le soutien populaire conféra au parti Baas une influence politique majeure, bien supérieure à ce qu’il représentait en termes d’effectif. Il joua notamment un rôle important dans le mouvement qui donna naissance à la République arabe unie en 1958, première tentative de formation d’une fédération regroupant l’ensemble du monde arabe[3].

Cette période vit aussi l’essor de la radio qui tendit à donner une coloration politique à ce nationalisme populaire. Radio-Damas constitua un outil très favorable à la propagande politique et permit l’émergence d’un vocabulaire partisan tel qu’il pouvait s’exprimer à l’époque préislamique puis aux premiers temps de l’Islam dans la verve des poètes faisant l’éloge de tribus arabes contre des tribus ennemies. Aujourd’hui les réseaux sociaux et plus largement Internet se font le relais d’un discours si ce n’est politique du moins partisan d’une société libre, démocratique et débarrassée du joug autoritaire qu’incarne le régime de Bachar al-Assad.

2011 ou le temps de la révolte populaire

Outre la question de la différence de classe sociale entre les acteurs de la nahda et des mouvements contestataires politiques du XXe siècle et ceux des révolutions actuelles se pose celle de leur confession. Là encore, l’origine même des acteurs influe sur le message véhiculé. La nahda fut essentiellement l’œuvre des intellectuels chrétiens arabes à l’instar de Nassir al-Yazigi (1800-1871) ou Boutros al-Boustani (1819-1883) qui s’adonnèrent à une entreprise littéraire et journalistique visant la revalorisation du classicisme arabe abbasside et insistant sur l’unité du peuple arabe sans distinction confessionnelle. Aujourd’hui, même s’ils bénéficient d’une liberté de culte, les chrétiens arabes sont loin d’avoir une telle influence culturelle, intellectuelle ou même politique en Syrie.

Néanmoins, les slogans brandis dans les révolutions du « printemps arabe » ne semblent pas avoir fait mention d’une volonté d’instaurer un islamisme d’Etat. En Syrie, sunnites, chiites, druzes, alaouites et chrétiens prennent place dans les manifestations, côte à côte. Le clivage confessionnel qui caractérise traditionnellement la société syrienne ne reflète en rien aujourd’hui le mouvement qui se joue dans les rues de Deraa, Homs, Hama, Alep et Damas. Cette société civile pacifique dénonce un pouvoir autoritaire et répressif et aspire à plus de liberté sans toutefois se revendiquer d’une quelconque idéologie marxiste, islamiste, antioccidentaliste ou même nationaliste.

La perspective historique adoptée dans notre étude a permis de mettre en avant les différents moyens au service des mouvements culturels ou politiques au cours des deux siècles précédents. Mais la révolution numérique que ces pays ont connue ces dernières années a-t-elle précédé, annoncé et permis la révolution politique et sociale avortée au début du siècle dernier et qui se joue aujourd’hui dans les rues arabes ?

S’il existe bien un point commun entre les révolutions tunisienne, égyptienne et syrienne, c’est la rapidité avec laquelle le mouvement s’est étendu hors des frontières nationales puis hors des frontières du monde arabe via la reprise quasi instantanée de l’information locale par les médias nationaux puis internationaux. Cette dimension ne serait-elle pas celle qui a manqué à la nahda un siècle et demi auparavant ? Dès lors, la composante idéologique du mouvement véhiculée par ces nouveaux médias et éventuellement héritée de la nahda prend toute son importance.

Les intellectuels et élites contemporains vont-ils trouver leur place dans ces mouvements une fois la révolution passée et le régime tombé ? Ou le régime autoritaire a-t-il éteint depuis longtemps toute forme d’opposition ou de projet politique dans le pays ? Internet ne peut-il pas jouer ce rôle en favorisant (outre la propagation du mouvement) la prise de parole et l’expression politique d’une opposition ? Les prochains mois devraient permettre de répondre à ces interrogations.

Conclusion

On aurait pu multiplier les exemples de mobilisations politique ou nationale au sein de la société syrienne au cours des deux derniers siècles, mais nous avons volontairement exclu certains événements majeurs du XXe siècle tel l’impact du conflit israélo-palestinien sur la société syrienne et la résistance qu’elle engagea pour se concentrer sur l’originalité d’une société et d’une histoire singulière trop méconnues.

Tout comme la nahda, les révoltes actuelles ne seront pas sans lendemain et sont sans doute en train de donner un nouvel élan à l’histoire de ce peuple arabe. L’histoire du XXe siècle a naturellement imposé à ce mouvement un renouvellement des acteurs et des moyens de communication ainsi qu’un nouveau rapport de force avec des puissances étrangères ayant elles-mêmes évolué. La démocratisation, et même la popularisation du mouvement par l’utilisation des nouveaux médias, ne paraissent pas avoir enlevé à cette révolte ses cautions idéologique, politique et identitaire qui vont en permettre la survie. Bien plus qu’une nouvelle nahda,ce à quoi nous assistons depuis le début de l’année 2011 pourrait bien être l’achèvement d’un mouvement qui n’a jamais cessé et qui est né il y a près de deux siècles.


[1] Randi Deguilhem , « Damas au xixe siècle, un cosmopolitisme de l’esprit ? Les nouvelles écoles laïques de l’état ottoman », Cahiers de la Méditerranée, n°67, 2003, mis en ligne le 25 juillet 2005.

[2] Au sujet des ambiguïtés de ces négociations qui révèlent, du moins en 1915, les intérêts de l’Angleterre en Asie arabe et les prétentions personnelles du chérif Hussein plus qu’un souci de faire triompher le panarabisme, voir l’ouvrage de KEDOURIE (Elie), In the Anglo-Arab Labyrinth : The McMahon-Husayn Correspondance and its interpretations, 1914-1939, Cambridge University Press, Cambridge, 1976, 330 pages.

[3] La République arabe unie, formée par l’Égypte et la Syrie, ne dura toutefois que jusqu’en 1961.

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Bibliographie :

  • HOURANI, Albert, RUTHVEN, Malise, A History of the Arab Peoples, Faber and Faber, 2005, 592 pages.
  • Randi Deguilhem , « Damas au XIXe siècle, un cosmopolitisme de l’esprit ? Les nouvelles écoles laïques de l’état ottoman », Cahiers de la Méditerranée, n°67, 2003, mis en ligne le 25 juillet 2005.
  • HINNESBUSH, Raymond, Syria:Revolution from Above, RoutledgeCurzon, 2002, 200 pages.
  • HOURANI, Albert, Arabic Thought in the Liberal Age. 1798-1939, Cambridge University Press, 1983, 416 pages.
  • KEDOURIE (Elie), In the Anglo-Arab Labyrinth : The McMahon-Husayn Correspondance and its interpretations, 19141939, Cambridge University Press, Cambridge, 1976, 330 pages.

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