ENTRE INVESTISSEMENTS ET PLACEMENTS : QUEL CHOIX STRATÉGIQUE POUR L’ALGÉRIE ?

Mohamed Chabane

Résumé

En réponse à la crise économique internationale, le FMI a émis des obligations destinées aux membres ayant une position financière extérieure solide dans l’objectif d’augmenter ses capacités d’intervention au profit des pays membres en difficulté. L’Algérie, un des pays sollicité par l’institution, hésite à acquérir ces obligations par rapport à des questions de fiabilité et de rentabilité. Au-delà de ces questions techniques, l’achat de ces titres semble la seule opportunité d’investissement qui se présente aujourd’hui pour le pays ? Est-elle le meilleur choix d’investissement ? L’analyse de la situation économique révèle que tous les secteurs économiques ont besoin d’investissements. Nous constaterons par exemple que le secteur agricole a plus besoin que jamais d’investissements afin de redresser sa situation.

Abstract

The IMF responded to the global economic crisis issuing bonds for member states with strong external financial position in order to increase its financial capacity to intervene in favour of member states in difficulty. Algeria, a country requested by the institution, is reluctant to purchase these bonds due to questions of reliability and profitability. Beyond these technical issues is the purchase of these securities the only opportunity of investment available for the country today? Is it the best investment choice? The analysis of the economic situation shows that all economic sectors need investment. The agricultural sector for example needs more than ever investments to improve its health.

__________

L’économie mondiale a traversé ces deux dernières années une grave récession suscitée par le cataclysme financier et l’effondrement de l’activité commerciale et industrielle dans le monde. Ce ralentissement a pesé de ses effets sur la croissance des économies à travers le monde et a fragilisé les institutions financières internationales, tel le FMI.

En réponse à cette crise, le FMI a pris quelques mesures pour accroître ses ressources financières. Il a émis pour la première fois de son histoire des obligations pour permettre aux pays membres d’investir en titres de l’institution, tout en complétant les ressources[1] dont elle dispose. L’émission de ces obligations[2] est destinée à l’endroit de 51 pays membres du Fonds ayant une position financière extérieure suffisamment solide[3] et a pour objectif principal d’augmenter la capacité d’intervention de l’institution par la diversification de ses sources de financement afin de venir en aide aux pays membres en difficulté.

L’Algérie[4] fait partie de ces Etats sollicités par la dite institution. Membre du FMI[5], le pays étudie la possibilité d’acquérir une partie de ces obligations émises sans pour autant prendre une décision finale[6]. Des obligations libellées en DTS (Droits de Tirage Spéciaux)[7] qui seraient négociables uniquement au sein du secteur public et qui donneraient lieu au versement d’intérêts.

La viabilité des obligations du FMI

D’après les prévisions du FMI[8], ces titres seraient assortis d’une échéance initiale de trois mois pouvant être prolongée jusqu’à un maximum de cinq ans. Le paiement des intérêts s’effectuera trimestriellement, au taux d’intérêt moyen du DTS au cours du trimestre antérieur. Les pays membres ayant souscrit ces obligations pourraient en obtenir le paiement immédiat, dans la limite de 15 milliards de DTS, si la situation de leur balance des paiements l’exigeait.

Il s’agit donc d’une opportunité qui se présente au profit des pays membres de l’institution afin de diversifier leurs placements et mieux sauvegarder la valeur de leurs réserves de change[9], notamment après le choc causé par la crise financière de 2008.

Au vu de la réputation et de la qualité de l’institution émettrice de ces titres, en termes de rendement[10] et de liquidité[11], il semblerait que ces obligations donnent un grand gage de confiance. L’engagement de grandes puissances économiques telles que la Chine[12], le Brésil et la Russie[13] paraît comme une caution supplémentaire de la garantie, la qualité et la sécurité de ces titres.

Il en ressort donc que ces obligations sont un bon placement, particulièrement pour des pays dont les financiers ont un haut degré d’aversion au risque comme en Algérie[14], notamment suite à la grande polémique suscitée par le degré de rentabilité[15] et de sécurité[16] des placements de 45 milliards en bons de Trésor américain[17].

Y-a-t-il d’autres alternatives d’investissements ?

Hormis des questions techniques sur les rendements et les risques liés à l’achat de ces obligations, d’autres questions se posent : l’achat de ces titres est-elle la seule opportunité d’investissement qui se présente aujourd’hui à l’Algérie ? Est-ce le meilleur choix d’investissement ? Ne faudrait-il pas orienter ces fonds à la relance et à la consolidation de l’outil de production nationale, trop fragile ? Ne faudrait-il pas ériger avec de nouvelles politiques afin de soutenir et relever les faibles performances de l’économie locale[18] ? Ne faudrait-il pas œuvrer pour plus de diversification de l’économie exclusivement dépendante de l’exportation des hydrocarbures[19] et de la volatilité de leurs prix[20] ?

En dépit de l’impact de l’emplette de ces titres sur les finances du pays, ne vaut-il pas mieux orienter ces fonds pour la satisfaction des grands besoins nationaux en termes d’infrastructures afin de rassurer les opérateurs économiques et rendre l’économie nationale plus attractive[21] ? La volonté d’acquérir des obligations du Fmi n’est elle pas une nouvelle preuve d’absence de cohérence et de visibilité dans les démarches de politiques économiques du pays ? Ne faudrait-il pas saisir l’occasion de cette disponibilité financière pour éviter une marginalisation économique et un isolement commercial croissant au niveau international et régional ? Cette éventualité d’achat des titres peut-être aussi une affirmation de la bonne santé de l’économie algérienne. pourtant, les faits disent le contraire. L’esquisse de la situation des secteurs économiques dévoile un grand piétinement dans leur fonctionnement et une grande morosité dans leur progression.

Hormis le secteur des hydrocarbures, les autres domaines de l’économie algérienne fonctionnent au ralenti et les investissements y sont pratiquement insignifiants.

L’activité agricole[22] est contrariée par un environnement hostile à son développement, l’industrie hors-hydrocarbures est anéantie par l’importation[23], le tourisme est quasi enterré, le système financier est déconnecté du système mondial et sclérosé par le poids de la bureaucratie. L’environnement des affaires est morose et gangréné par la corruption[24], l’incertitude règne sur le marché, l’instabilité et les tensions sociales s’accentuent du fait des inégalités grandissantes. Le constat est amer : l’économie algérienne est en panne et ses perspectives sont obscures.

Dans ce contexte, la priorité ne réclame pas l’adoption de vrais projets et de réels mécanismes pour dynamiser l’investissement et réduire les lancinants problèmes du chômage et de la pauvreté dans le pays ? La problématique n’est-elle pas d’accélérer la restructuration et la démonopolisation de l’économie avant l’épuisement inéluctable des hydrocarbures ? Pourtant, le défi majeur de l’Algérie aujourd’hui est de réaliser une croissance soutenue basée sur l’exploitation judicieuse, durable et productive de ses ressources naturelles et humaines pour lutter contre le chômage et mettre fin à une situation budgétaire trop dépendante[25], car la structure économique actuelle est maintenue dans un état de déséquilibre irrationnel, soumise aux chocs des volatilités des prix des hydrocarbures[26].

L’idéal donc n’est-il pas d’orienter ces fonds vers des secteurs stratégiques pour stimuler leur croissance qui assurera une conversion rapide et réussie d’une économie rentière à une économie productive ? Pourtant, les secteurs en besoin d’investissements ne manquent pas. L’exemple du secteur agricole nous fournit une excellente illustration des besoins d’investissement qu’il faut injecter à l’image des autres secteurs économiques.

Le secteur agricole en Algérie

La crise alimentaire mondiale de 2008, l’évolution de la demande agricole au niveau international, la cherté des prix des produits agricoles sont autant d’éléments qui montrent que l’Algérie a plus besoin que jamais de développer son agriculture afin de sauvegarder une activité stratégique de par son importance économique mais aussi son poids social.

L’étude des niveaux de production ainsi que l’examen de la balance commerciale agricole ne peuvent que confirmer la dégradation de l’état de l’activité. Ce secteur, qui a contribué fortement à la croissance économique dans le passé, en matière de production et absorption de la main-d’œuvre, n’assure aujourd’hui que partiellement la couverture des besoins en produits alimentaires de base. En 2008, la production agricole a enregistré une baisse en volume de près de 5,3% par rapport à celle de 2007. Cette baisse est conséquente d’un recul de la production végétale de l’ordre de 10%, des productions céréalières de 60% (40,2 millions de quintaux en moyenne pour la période de 2003-2007 à 17 millions en 2008) et de 18% de légumes secs.

Cette situation découle de différents problèmes qu’endure le secteur depuis l’indépendance. Le secteur agricole est confronté à une multitude de difficultés de tout ordre : techniques, financières et humaines. La dureté des conditions climatiques, la marginalisation des vrais travailleurs de terres, les obstacles technico-économiques (accès au crédit), le flou du statut du foncier qui freine l’investissement des agriculteurs, sont autant d’éléments qui limitent fortement les possibilités d’intensification des activités agricoles et sont en partie responsables de la situation.

Le manque d’investissement dans les différents édifices et aménagements hydrauliques, la défaillance de financement d’infrastructures d’irrigation et leur vétusté, la sénescence de soutien étatique[27], l’absence d’une stratégie nationale claire dans la recherche et le développement agronomique, les déficiences à long terme de la politique agricole d’État sont d’autres contraintes qui obèrent l’essor de l’activité.

La précarité des niveaux productifs du secteur et l’urgence d’agir rendent nécessaire de revoir le modèle de gestion de l’activité agricole et les degrés d’investissement dans le secteur. L’écart déjà important entre la production agricole et les niveaux de la consommation se creusera dans le futur sous l’effet de la croissance démographique d’une part et en conséquence à la forte croissance des besoins alimentaires[28] d’autre part.

Pourtant, des études scientifiques basées sur des modèles mathématiques[29], indiquent qu’il est possible d’accroître la production agricole jusqu’à 50% à travers l’investissement dans l’extension des périmètres irrigués, dans la propagation de la mécanisation et la lutte contre la fragmentation des terres.

En l’absence d’une réponse concrète de la production alimentaire à la croissance de la population[30], l’Algérie ne peut que se tourner vers les importations pour la couverture de la demande alimentaire. Le recours aux importations des céréales, des huiles alimentaires, du sucre et du lait s’impose de jour en jour et de plus en plus pour couvrir les besoins de la population.

Cette situation a fait augmenter le poids de la facture alimentaire, et les ressources en devises[31] consacrées à la satisfaction de la demande locale ne cessent de croître : 1 milliard de $ dans les années 70, 2 milliards dans les années 80, 2,5 milliards dans les années 90, 3 milliards de $ en 2005. Elles ont atteint les 4,954 milliards de $ en 2007, 7,716 durant l’année 2008 dont 3,967 milliards de $ pour les céréales (1,987 milliards de $ en 2007) et 1,295 milliards de $ pour les produits laitiers (1,064 milliards de $ en 2007)[32]. Le constat est sans appel : la dépendance alimentaire devient une dure, coûteuse et durable réalité du pays.

Conclusion

Sortir l’économie algérienne de cette impasse suscite de vrais schémas de développement qui tiennent compte des mutations planétaires afin de s’y adapter. Cela réclame l’adoption et la consolidation de réels programmes de modernisation qui s’effectueront dans l’agriculture, l’industrie, les services, le tourisme, entre autres, afin de stimuler la concurrence et la compétitivité interne et externe, résorber d’une manière efficiente le chômage et aider à réaliser une croissance rapide assurant le succès d’une transition d’une économie rentière à une économie productive.

Cela exige également des investissements colossaux bien contrôlés[33] et parfaitement gérés pour engendrer des emplois et accumuler des richesses à court et à long terme, avec des vrais politiques de suivi, de contrôle et de bonne gouvernance pour garantir une gestion transparente des dépenses publiques[34], autrement dit, cela sollicite une véritable présence des organes de l’Etat[35].

L’État algérien doit œuvrer à long terme pour en finir avec ses dysfonctionnements et la sphère informelle qui règne dans le pays. Partant de là, le pays doit implanter les fondements de vraies réformes pour l’instauration d’une réelle économie de marché avec la promotion du rôle du secteur privé et une prise en charge des spécificités de la société. Il n’est plus possible en temps de mondialisation de gérer l’économie avec des méthodes d’une autre époque et des idéologies résistantes au changement et à la modernisation du pays.


[1] En plus des Accords d’emprunt bilatéraux (AEB) signés avec le Japon (100 milliards de $), le Canada (10 milliards de $) et la Norvège (4,5 milliards de $) en attendant de conclure des accords avec les États membres de l’Union européenne qui se sont engagés sur un montant proche de 100 milliards de $ et l’engagement de la Suisse de 10 milliards de $ et de l’élargissement des accords d’emprunt et l’augmentation générale des quotes-parts des États membres en plus d’autres mesures, voir bulletin du FMI, juillet 2009.[2] L’émission a lieu au moment du décaissement d’un prêt non concessionnel en faveur d’un pays membre, avec une notification de 5 jours ouvrables au moins de la part du FMI. L’échéance maximale de ces obligations est de 5 ans, avec des échéances intérimaires de 3 mois que le FMI peut prolonger pour des périodes supplémentaires de 3 mois. Le principal des obligations est libellé en droits de tirage spéciaux (DTS). L’émission se fait en multiples de 10 millions de DTS. Le prix d’émission est de 100 % du montant nominal. Les intérêts sont payables chaque trimestre sur la base du taux d’intérêt moyen du DTS pour le trimestre précédent. Les obligations sont librement transférables à d’autres détenteurs admissibles dans le secteur officiel, c’est-à-dire tous les pays membres du FMI, leur banque et leur organe financier, ainsi que toutes les institutions officielles qui sont des détenteurs agréés de DTS. Les transferts à d’autres entités officielles sont autorisés avec le consentement du FMI, mais les transferts au secteur privé ne sont pas permis. Les obligations ne peuvent pas être utilisées dans des transactions sur dérivés. Le FMI peut rembourser anticipativement tout ou partie de l’encours des obligations.

[3] Pays membres acheteurs. Les pays membres dont la position extérieure est suffisamment solide pour qu’ils soient inclus dans le programme de transactions financières du FMI peuvent conclure des accords d’achat d’obligations. La banque centrale ou l’agent financier d’un pays membre peut aussi passer un accord d’achat d’obligations

[4] L’Algérie est considérée comme un pays à capacités de financement grâce à ses réserves de change estimées à 143,102 milliards de $ en 2008.

[5] L’Algérie est membre au FMI avec 1254,7 millions de droit de tirage spécial (DTS) représentant 0,58% du total, soit 1,8683 milliards de $.

[6] Selon les déclarations du ministre des Finances, Mr. K. Djoudi en marge d’une séance plénière du conseil de la nation le 12 novembre 2009 : « Une demande d’achat d’obligations a été exprimée par le Fonds monétaire international (FMI) et nous n’avons pas mis en œuvre une quelconque décision […] pour le moment, nous n’avons pas pris de décision pour l’achat d’obligations que le Fonds doit émettre pour renforcer ses ressources financières […] ».

[7] Unité de compte du FMI.

[8] Entretien avec M. Tweedie, bulletin du FMI, juillet 2009.

[9] La valeur du DTS a été fixée initialement à 0,888671 gramme d’or fin, ce qui correspondait alors à un $. Après l’effondrement du système de Bretton Woods, en 1973, la valeur du DTS a été déterminée par rapport à un panier de monnaies, qui comprend actuellement le $, l’euro, la livre sterling et le yen. La valeur représente la somme de la part de chacune des quatre monnaies dont se compose le DTS, exprimée en dollars EU et calculée sur la base du taux de change coté à midi chaque jour sur le marché de Londres. ce qui élimine le risque de sa dépréciation.

[10] D’après M. L.SIAGH, ces titres sont indexés à un taux à court terme (3 mois) moyen pondéré des principales devises constituant les DTS (Etats-Unis, Europe, Grande-Bretagne et Japon) estimé à 0,25% annuel. (voir bibliographie).

[11] Les pays membres qui ont acheté des obligations peuvent obtenir un remboursement anticipé d’une partie ou de la totalité de l’encours de leurs obligations, soit immédiatement (obligations de la série A) soit dans les 12 mois qui suivent (obligations de la série B), s’ils ont un besoin de financement de la balance des paiements. Cette disposition s’applique aussi aux pays membres qui acquièrent des obligations par transfert, s’ils étaient inclus dans le programme de transactions financières du FMI au moment du transfert.

[12] La Chine a souscrit jusqu’à 50 milliards de $.

[13] Qui ont acquiescé l’achat de 10 milliards chacun.

[14] Selon les déclarations du ministre des Finances, Mr. K. Djoudi en marge d’une séance plénière du conseil de la nation le 12 novembre 2009 : « la logique du gouvernement en matière de gestion des réserves de changes repose sur leur placement dans des actifs sécurisés et qu’on retire à tout moment ».

[15] Les rendements des bons du Trésor américain sur l’échéance de 3 mois sont de près de 0,07%.

[16] A cause de l’instabilité et la fluctuation du $ et la résurgence de l’inflation mondiale, ayant des répercussions sur la valeur des réserves de change libellées en $.

[17] Générant 4 milliards de $ par an.

[18] D’après le dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales d’octobre 2009, le FMI revoit à la baisse le taux de croissance de l’économie algérienne et prévoit un taux de 2% pour 2009 après que la banque Mondiale ait annoncé un taux de croissance de 2,2% en 2009 et de 3,5% en 2010.

[19] Avec près de 80 milliards de $ d’exportations (79,139 milliards de $), l’Algérie a réalisé en 2008, un excédent commercial de 39,983 milliards de $, contre 32,898 milliards de $ en 2007, soit une augmentation de 21,53% de la balance commerciale et 30,48% d’exportations en valeur. Les réserves de change qui avaient franchi la barre des 110 milliards de $ en 2007 (110,2 milliards en fin d’année) s’établissaient en fin 2008 à 143,1 milliards de $, soit une augmentation de près d’un tiers (29,85%) par rapport aux douze derniers mois.

[20] Les incertitudes qui entourent l’évolution des prix du pétrole constituent un des facteurs de risque le plus élevé. La décadence du prix de pétrole de l’été 2008 à décembre 2008 confirme que l’économie rentière est une économie à risque sans possibilité d’anticipation et de conjectures sûres. Les prévisions des prix des hydrocarbures se basent sur un marché irrationnel, à une très forte volatilité et une instabilité même à court terme. Les cours pour le moyen et le long terme sont encore plus difficiles à déterminer. Les pressions spéculatives, les déséquilibres régionaux de l’offre, les tensions géopolitiques et l’incertitude résultant de l’instabilité politique au Moyen Orient ainsi que les possibilités de rupture des approvisionnements dans d’autres pays producteurs ajoutent à l’instabilité du prix du pétrole une autre particularité à risque.

[21] Selon le Doing Business 2009 (Rapport de la banque mondiale), l’Algérie n’occupe que la 15ème position sur le classement des 19 pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en matière de climat des affaires. Elle se classe derrière le Maroc (128ème place) et très loin derrière la Tunisie (74ème place) sur 174 pays. Selon l’indice global de compétitivité économique et d’après le dernier classement Davos du « World Economic Forum Annual 2009 », l’Algérie pointe à la 99ème place et se classe la dernière au Maghreb, après la Tunisie (36ème), le Maroc (73ème) et la Libye (91ème). Elle recule par rapport à son classement en 2007 (81ème) et 2006 (77ème). D’après le même rapport du forum économique, l’Algérie pointe à la dernière place au monde (sur 134 pays) par rapport à la sûreté des banques. En matière de lutte contre la corruption, l’Algérie occupe la 92ème place après le Maroc (80ème) et de loin derrière la Tunisie (62ème).

[22] Le secteur agricole contribue à 9% (en moyenne) dans le PIB et occupe près de 23% de la population active.

[23] Sa part du PIB ne représentait que 4,4% du PIB en 2008.

[24] Selon le rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde en 2005, 75% des chefs d’entreprises algériennes ont avoué être obligés de verser des pots-de-vin pour régler leurs affaires et éviter les lenteurs administratives. Le prix de la corruption en Algérie représente en moyenne, selon le même rapport, 6% du chiffre d’affaire des entreprises en Algérie.

[25] La fiscalité pétrolière de l’Algérie dépasse les 70% des recettes totales de l’Etat.

[26] Pour chaque réduction des cours mondiaux des hydrocarbures de 1 $, l’Algérie perd près de 700 millions $ par an de ses ressources en devises et sa balance des paiements s’affecte négativement. L’abaissement des prix du pétrole sur le marché international durant le premier semestre 2009 a infligé au pays une perte de 46% des recettes à l’exportation par rapport à la même période de 2008. 20,13 milliards de $ durant le premier semestre 2009 contre plus de 37,60 milliards de $ à la même période de l’année 2008. Ainsi, avec un baril de 55 $, les réserves de change seront réduites de 50%, une baisse d’1/3 des recettes budgétaires et de 25% du Produit intérieur brut. L’Algérie qui dépend des exportations de ses hydrocarbures pour subsister ne pourra même plus importer sa nourriture et ses médicaments en dessous d’un prix du pétrole de 13 $.

[27] Le budget global alloué au secteur de l’agriculture (fonctionnement, équipement et soutiens) durant toute la période du Plan National de Développement Agricole (PNDA) est évalué à 400 milliards DA. Cela donne une estimation de 49 €/ha/an, soit un peu moins de 1/6 de soutien moyen direct aux agriculteurs de l’ue (288 €/ha/an).

[28] L’exemple de la consommation du blé nous fournit une excellente illustration à ce sujet. Avec plus de 203 kg par personne/an en 2007, l’agriculture algérienne est complètement incapable de satisfaire une demande de blé de plus en plus importante. C’est ainsi que l’Algérie se classe au quatrième rang des pays importateurs du blé au monde, après l’Europe des 27, le Brésil et l’Egypte. Les conjectures futures n’indiquent pas d’amélioration. D’après les prévisions du secrétariat de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), la demande des céréales en Algérie connaîtra une augmentation de plus de 60% d’ici 2020 au moment où les rendements de ces cultures subiront des baisses de 6% à 14% à cause des conséquences de réchauffements climatiques et des pénuries d’eau (Rapport 2009 du plan bleu sur l’état de l’environnement et de développement en Méditerranée).

[29] Voir l’étude de Nadia Belhaj Hassine, Technical efficiency in the mediterranean countrie’s agricultural sector, revue Région et Développement n° 25-2007.

[30] Sous l’effet conjugué d’un taux d’accroissement important dans les années 70 et les années 80 de l’ordre de 3% (3,21% en moyenne pour la période 1966-1977, 3,06% pour la période 1977-1987, 2,15% pour la période 1987-1998, 1,62% pour la période 1998-2008) et l’amélioration des services sociaux notamment ceux de santé, la population algérienne a connu une augmentation très importante qui risque fortement de continuer. Pour l’ensemble de la période 1961-2007, on enregistre une moyenne de croissance annuelle de 2,4% ce qui représente un taux de croissance de plus de 210% en moins d’un demi-siècle. Selon les dernières estimations, l’Algérie connaîtra dans les années qui suivent, un taux de croissance important de près de 61% sur 30 ans entre 1990 et 2020 (taux de 1,67% pour la période 2008-2020 selon les projections).

[31] Les valeurs sont exprimées en termes nominaux.

[32] Les importations d’autres produits alimentaires ont connu un accroissement en valeur selon les pourcentages suivants : 37% pour le café et le thé, 22,7% pour les viandes, 2,4% pour les sucres et 2,6% pour les légumes secs. La facture du sucre a atteint les 438,6 millions de $, le café et le the ayant totalisé 328,2 millions de $, les légumes secs pour près de 264 millions de $ et les viandes congelés un peu plus de 173,6 millions de $.

[33] Le rapport du Fonds Monétaire International d’octobre dernier indique que malgré une dépense publique de 200 milliards de dollars, l’Algérie n’aura un taux de croissance que de 2% en 2009 et un peu plus de 3% en 2010. ces prévisions remettent directement en cause les prévisions gouvernementales de création de 3 millions d’emplois entre 2009/2013 qui nécessitent un taux de croissance de 6 à 7% sur cinq ans, ce qui est selon les évaluations du FMI à l’heure actuelle, une impossibilité économique.

[34] Le fondement de la loi de finances 2010 porte un soutien aussi important au volet social qu’au volet économique.

[35] Cela nécessite la clarification du fonctionnement des institutions de l’État dans leurs missions et surtout le renforcement de l’indépendance de ses organes.

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