ÉDITORIAL N°1

« Le savoir acquis dans un pays étranger peut être une patrie et l’ignorance peut être un exil vécu dans son propre pays », Averroès

Région instable et dangereuse, berceau du fondamentalisme, régimes rentiers, source de terrorisme et d’immigration indésirable… Tels sont les qualificatifs régulièrement employés par les médias et les hommes politiques afin de décrire le monde arabe. Les malentendus et les idées reçues participent à la perpétuation de l’incompréhension de ce monde en crise.
Initiative née d’un projet collectif mené par des étudiants de Sciences Po, la Revue Averroès a pour ambition de participer à une meilleure connaissance et compréhension du monde arabe. En suivant l’idée que « le savoir acquis dans un pays étranger peut être une patrie et l’ignorance peut être un exil vécu dans son propre pays », l’équipe de la Revue Averroès s’inscrit dans une démarche impartiale et critique.

Ibn Rouchd (1126-1198), plus connu en Occident sous le nom latinisé d’Averroès, incarne la figure d’un intellectuel cosmopolite, puisant au cœur de disciplines aussi variées que la philosophie, la théologie, le droit, la médecine ou l’astronomie, pour répondre aux problématiques de son temps. La revue, qui tient ce personnage comme symbole de tolérance et d’échange, demeurera fidèle à cette double démarche, cosmopolite et pluridisciplinaire.
Cosmopolite, d’abord. Ainsi que l’écrivait Antoine Guillaumont, « Averroès détient trois passeports : sans cesser d’exercer une influence dans le monde arabe, son œuvre a circulé parallèlement dans le monde hébreu et dans le monde latin ». Rappelons que c’est par l’intermédiaire de cet intellectuel andalou que Thomas d’Aquin découvrit Aristote et ouvrit la voie au sécularisme en Europe. Notre but sera donc de développer les échanges et le dialogue.
Pluridisciplinaire, ensuite. Combinant un usage précis et pertinent des diverses sciences sociales qui composent le corpus académique de Sciences Po, la revue a vocation à embrasser des thèmes aussi divers que la finance islamique, la gestion des ressources naturelles, l’évolution des régimes politiques, les systèmes juridiques, les politiques de développement économique et social, les minorités du monde arabe, etc. Les sujets traités dans la revue visent un public large et diversifié, composé aussi bien d’étudiants – futurs professionnels dont l’activité pourrait s’exercer au sein du monde arabe -, que de profils généralistes et de citoyens intéressés par cette riche région du monde.

L’originalité de la Revue Averroès consiste à associer à l’écriture de chaque article un étudiant et un professeur, un chercheur ou un doctorant, issus de Sciences Po ou d’autres institutions universitaires, ou un professionnel ayant développé une expertise sur le monde arabe. Ce choix permettra de développer les échanges entre professeurs de divers milieux universitaires et professionnels, d’offrir une opportunité d’expression aux intellectuels arabes, ainsi que de favoriser la collaboration entre étudiants et auteurs reconnus.
L’ambition de la revue se réalisera également au travers de sa diffusion, en version papier et numérique, à Sciences Po et dans d’autres enceintes dédiées au monde arabe, dont les départements des grandes écoles et des universités, les centres de recherche et les instituts culturels en France et dans les pays arabophones.
Enfin, l’objectif poursuivi n’est pas de couvrir un sujet de manière définitive ni exhaustive mais bien au contraire d’ouvrir le débat, à l’image d’Averroès qui avait bousculé les milieux de la théologie chrétienne et musulmane et de la philosophie. Le projet consiste donc à susciter l’intérêt des lecteurs, en les invitant à aller au-delà de la lecture et à participer en tant que rédacteurs. A cet effet, la rubrique variations est destinée à nous faire bénéficier de leur regard critique et constructif.

Le premier numéro de la revue sera consacré à deux thèmes.
Le thème majeur, intitulé Politique et politisation par le bas dans le monde arabe, s’est avéré particulièrement propice à une étude qui couvre l’ensemble des sous régions du monde arabe. Dans les cinq articles que ce thème comprend, le lecteur pourra s’initier à une problématique riche qui fait écho à l’existence d’un milieu politique foisonnant et à des trajectoires de politisations nombreuses et diverses malgré la persistance de régimes dits autoritaires. A travers une étude des islamistes marocains, des mouvements sociaux et politiques en Égypte, de la construction identitaire des Kurdes de Syrie, de la prise de parole des femmes dans le milieu entrepreneurial et social en Arabie Saoudite et enfin des stratégies des acteurs non-étatiques en Égypte, en Syrie et en Arabie Saoudite après la guerre en Irak, ce thème donne à voir la richesse et la complexité des univers politiques arabes. La présence de régimes autoritaires, qui produit selon les analyses classiques des « sociétés bloquées », ne doit pas masquer la très forte politisation de ces sociétés et la présence de réels débats d’idées.
Le thème mineur, en raison de l’actualité de la guerre de Gaza, des élections législatives en Israël mais aussi du fort intérêt du bureau de rédaction, a été dédié au conflit israélo-palestinien. Le lecteur pourra y lire trois articles consacrés à des sujets peu évoqués dans les médias et développant une analyse originale de quelques unes des dimensions du conflit. Un premier article, consacré à la couverture médiatique de la guerre de Gaza en Egypte, en Arabie Saoudite, en Syrie et au Qatar permettra de faire la transition entre nos deux thèmes. Il sera suivi d’un article sur les Arabes d’Israël, s’appuyant notamment sur les conséquences des dernières élections législatives à Tel Aviv et d’un article sur la démolition des habitations palestiniennes à Jérusalem-Est.

Enfin, rappelons que sans nos divers rédacteurs, doctorants et professeurs qui ont accepté de collaborer à ce numéro, notre projet n’aurait jamais vu le jour. Un grand merci donc à nos huit rédacteurs, Mansour Almarzoqi Albogami, Anwar Attawna, Youssef Benkirane, François de Herte, Christopher Dembik, Youssef El Chazli, Yasmine Farouk et Clémence Flusin ; à Sarah Morsi pour avoir insufflé le projet et pris en charge le pénible travail de correction, à Chayma Hassabo et Elisabeth Marteu qui ont accepté de nous aider malgré la préparation de leurs thèses, et aux professeurs Philippe Droz-Vincent, Mohammed El-Oifi et Joseph Albert Kechichian.

L’équipe de la Revue Averroès

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